LA DANSE

pierre Doussot

   

Le tango n'a pas besoin d'adjectifs. Il n'est pas « milonguero » ou « nuevo » (deux mots tarte à la crème avec peu de fondements, porteurs de simplifications abusives donc inexactes, mais très « marketing »), il n'a pas besoin être défini par croisement avec les arts martiaux, la psychanalyse, les sagesses orientales  ou affublé d'un quelconque qualificatif plus ou moins avantageux.


Il est comme la République : Un et Indivisible... même s'il est, et doit rester, diversité et personnalité.


Le restreindre à une forme ou à un style serait l'appauvrir, car il a vécu et continué à vivre par sa capacité à innover en bousculant les conservatismes formels, mais aussi en gardant en permanence le souci de la qualité d'un dialogue non verbal et d'une connexion. Nous croyons que personne n'est propriétaire d'un « vrai tango » qui serait conforme à une authenticité historique fantasmée (d'ailleurs qui danse aujourd'hui le style orillero, ou le canyengue ? tout le reste s'est construit en rupture par rapport à ça…)


Les débats sur l'authenticité de l'abrazo ouvert ou fermé et leurs avantages respectifs apparaissent de plus en plus désormais comme un non-sens. Il apparaît aujourd'hui qu'il faut savoir de plus en plus passer de l'un à l'autre, et que toutes les nuances intermédiaires sont possibles.


L'apprentissage du tango c'est un débat de chacun avec son corps, son mental et la façon d'échanger avec un partenaire. C'est la recherche (difficile et longue le plus souvent) de la maîtrise des fondamentaux  (marche, poids du corps, mouvement par le centre et l'intention, connexion, posture, musicalité, qualité du pivot, exploration des diverses qualités de mouvement…). Des fondamentaux qu'on n'a jamais fini de travailler ! A tel point que nous croyons volontiers que la figure n'est en réalité qu'un résultant de ces fondamentaux et un prétexte à affiner ceux-ci.


« L'intérêt de maîtriser une technique, c'est qu'elle permet d'exprimer un sentiment » disait Picasso. Et nous sommes bien d'accord avec lui. Le travail technique, par nature imparfait et à améliorer, doit être mis au service de la créativité, du jeu, de l'improvisation.


Et c'est cet état d'esprit auquel nous avons pensé donner un espace au travers des practicas proposées où l'échange et la recherche sont privilégiées.


Mais l'idée incontournable est que le lieu d'expression du tango par excellence, c'est le bal. Et que toute la recherche du danseur y aboutit forcément un moment ou un autre. Tout l'apprentissage du danseur vise et doit aboutir à l'expression de sa personnalité propre au travers de la danse. Un style ne s'enseigne pas, ne se copie pas, il se construit dans le cerveau et le corps de chacun. C'est la prise en compte de cette démarche par le plus grand nombre que nous recherchons.


Pour ce qui est de la transmission du tango, elle est aussi emprunt, échange, inspiration, éclairages et ne peut résulter d'un diplôme, nécessairement sans signification profonde.


Nous faisons notre ce texte très pertinent de Matias Facio (ex enseignant à Tango Brujo à Buenos Aires, et désormais à Berlin):


« Qu'est-ce que le tango et comment il se transmet ?
- C'est une danse, pour laquelle, à partir du premier moment ou l'homme et la femme se prennent dans les bras, il s'agit pour eux de réussir à se rencontrer, non seulement d'un point de vue technique mais à travers le quotidien, l'émotionnel, c'est une danse dans laquelle chacun s'attache à résoudre cette incertitude anxieuse de la rencontre... Cette danse est rendue possible par l'intégration totale par des deux danseurs d'un code d'écoute-proposition-acceptation-confiance. C'est une danse "sociale" (sociétale).

- Cela signifie que n'importe quelle personne, de n'importe quel âge, condition physique ou mentale, peut danser le tango et qu'il n'existe pas une unique, ou deux ou trois uniques forme strictes pour l'enseigner, mais plutôt qu'il y a de nombreux chemins d'acceptation de soi-même qui mènent le danseur vers une maturation de sa relation avec cette danse. Le danseur plus habile ou qui développe le plus de capacités est celui qui a su intégrer les codes d'écoute-proposition-acceptation-confiance déjà mentionnés.

- Cette danse, surgit d'un métissage culturel mondial inégalable, est patrimoine de l'humanité, parce qu'elle reflète toutes les formes de rapprochement du couple au moment de danser. Les femmes et les hommes dansent la façon de se mettre en relation, dansent l'histoire qui est la leur depuis le début de l'humanité.

- Le "professeur" ou "maestro" n'est ni plus ni moins qu'un facilitateur (transmetteur) qui se passionne pour ce travail, pour le plaisir de partager sa petite ou grande connaissance de cette danse. C'est clair pour tous , depuis les plus avancés jusqu'aux moins avancés, qu'il y a toujours à apprendre et que le caractère social de cette danse fait que nul ne sait avec qui il va danser la plupart du temps : cela implique qu'il lui faudra rencontrer sur son chemin beaucoup d'hommes et de femmes à différents niveaux de connaissance : pour cette raison, on ne peut pas parler d'un apprentissage d'une ou peut-être deux techniques, mais de l'accession à un code commun pour communiquer : écoute-proposition-acceptaton-confiance.

La transmission du Tango à Buenos Aires :

- Il n'existe pas officiellement d'Université du Tango qui soit reconnue, non seulement au niveau d'un Ministère, mais au niveau d'un véritable parcours de formation de danseurs.

- La non-officielle Université du Tango, a pour but simplement, d'amener de plus en plus de personnes au tango, certaines ayant des vocations tangueras, en leur procurant un lieu ou elles peuvent développer cet art : chant, musique, danse. Je dois signaler, qu'en tant que "transmetteur" de cette danse, j'ai beaucoup d'élèves qui proviennent de cette université , avec des niveaux très bas, dus au fait que ce n'est pas l'objectif majeur de cette institution que de former des danseurs.

- Il existe aussi une association qui travaille à la transmission des styles de tango des vieux grands danseurs ("milongueros"), partant du principe qu'ils furent les porteurs du tango rioplatense, et qu'ils sont les détenteurs d'une esthétique tanguera d'une valeur inégalable. Les élèves apprennent à danser "à la manière de;" mais n'intègrent pas une connaissance scientifique, puisque cette connaissance-là n'existe pas.

- Quant aux académies de tango, elles échappent à une technique unique, car tous les professeurs enseignent différemment, puisqu'il n'y a pas une seule manière de danser mais qu'il y a autant de façon de danser qu'il y a de danseurs.

- Il est impossible de dire qui peut être professeur ou non, car aussi nombreux que nous sommes et de tous niveaux, nous ne sommes que des passeurs /transmetteurs qui alimentons les danseurs pour qu'ils trouvent un chemin personnel à l'intérieur de leur propre danse.
Nous sommes en même temps tous, élèves d'autres professeurs, et de nous-mêmes, vu que personne ne peut détenir dans sa totalité la connaissance née de l'expérience de milliers de danseurs.

Matias Damián Facio
Bailarín Social de Tango Argentino
Buenos Aires
Argentina

- - - - - - - - - - - - - Version originale - - - - - - - - - - - -

Qué es el Tango Argentino y cómo se transmite?

- Es una danza, en la que desde el primer momento en que el hombre y la mujer se abrazan para bailar, deben tratar de encontrarse, pero no solo desde lo técnico, sino desde lo cotidiano, lo emocional, y en la cuál ninguno de los dos puede dejar de tratar resolver ansiosamente esta incertidumbre: está determinado por la entrega total de los dos bailarines a un código de escucha-propuesta-aceptación-confianza: es un baile 'social'.

- Esto determina que cualquier persona, con cualquier edad, condición física y/o mental, puede bailar esta danza social por lo que no puede decirse que existe una única o dos únicas ni tres únicas formas estrictas en las cuáles enseñarla, sino que hay muchos caminos de aceptación de uno mismo que lo llevan al bailarin a 'crecer' en su relación con esta danza social. El bailarín más hábil es aquel que supo integrar los códigos de escucha-propuesta-aceptación-confianza antes mencionados.

- Este baile folklórico, surgido de una mixtura cultural mundial inigualable, es patrimonio de toda la humanidad porque claramente refleja todas las formas de víncularse de las parejas al momento de bailar. Mujeres y hombres bailan sus vínculos y relaciones, bailan la historia que les pertenece desde los principios de la humanidad.

- El 'profesor' o 'maestro' no es más que un mero colaborador que se entrega a su 'oficio' por el placer de compartir su poco o mucho conocimiento sobre este baile. Es claro para todos ellos, desde los más avezados, hasta los menos, que siempre hay algo por aprender ya que, siendo este baile un baile social, uno nunca sabe con quién ha de bailar la mayoría de las veces: esto implica que deberá encontrarse en su camino con muchos hombre y mujeres con diferentes capacidades y conocimientos en su baile. Es por esto último que no puede hablarse una o quizás dos técnicas, pero si de código comunes para comunicarnos: escucha-propuesta-aceptación-confianza.

De la transmisión del baile del Tango en Buenos Aires:

- No existe oficialmente universidad de tango que sea avalada no solo por el gobierno sino también por su trayectoria como escuela formadora de bailarines.

- La no-oficial Universidad del Tango, procura simplemente incorporar más y más personas a la comunidad tanguera dandoles lugar, a todos aquellos con alguna raíz de vocación tanguera un espacio en la cuál puedan desarrollar, aunque muy muy poco, el canto, el baile y la música. Cabe destacar, que como 'transmisor' de este baile folklórico, tengo muchos alumnos egresados ya que provienen de dicha universidad, con niveles muy bajos, ya que, como mencioné antes, no es el principal objetivo de esta entidad.

- Existe una asociación que trabaja para la transmisión de los estilos de tango de los viejos grandes bailarines por considerarse de un inigualable valor la estética tanguera que conservan los mismos, y por haber sido ellos los portadores de tan lindo baile folklórico propio del Rio de la Plata. Los alumnos aprenden a bailar a la 'manera' de ellos, pero no incorporan un conocimiento científico ya que no existe dicho conocimiento.

- Las academias de baile en Buenos Aires carecen de una técnica única, todos los profesores enseñan diferente al no existir una única manera de bailar sino una única manera propia de cada bailarín.

- Es imposible decir quién puede ser profesor o no, más bien todos y de todos los niveles, somos meros transmisores y colaboradores que con ello alentamos a los bailarines para que encuentren de manera clara un camino dentro de su propio y único baile. A la vez, somos nosotros todos, alumnos de otros y de nosotros mismos, ya que nadie a podido jamás abarcar en su totalidad el conocimiento nacido de la experiencia de miles de bailarines, pues no podemos olvidar, que nuestro baile es un baile 'Social' surgido de un conflicto social desde el primer momento en que un hombre pregunta a una mujer para bailar algunas piezas.

Matias Damián Facio
Bailarín Social de Tango Argentino
Buenos Aires
Argentina












Commentaires (0)
Nouveau commentaire :