ULTIMO TANGO, film de German Kral


Rédigé le Mardi 5 Avril 2016 | Lu 1272 fois



German Kral s’est déjà signalé au public tanguero avec El ultimo aplauso (2009) qui mettait en scène la Tipica Imperial, une sorte de mix entre documentaire, documents d’époque et séquences live actuelles sur le mythique bar d’el Chino. Un téléscopage assez réussi.
De téléscopage, il en est aussi question dans Ultimo Tango : celui entre interviews actuelles, films d’époque, et séquences reconstituées. Le truc de génie a été sur ce coup ci de mettre les reconstitueurs en situation d’analyse des documents d’époque ou en situation de dialogue avec Maria Nieves.

Le sujet : l’histoire du couple mythique formé en son temps par Juan Carlos Copes et Maria Nieves.  Il a survécu au déclin et à la disparition des milongas dans le début des années 60, maintenu la flamme et forgé un genre qui s’appelle le tango show. La tournée du spectacle Tango Argentino a notamment semé les graines d’une renaissance du tango en diverses parties du monde.  Ils ont donc rempli une fonction historique.
Un couple mythique , mais ce couple  de danseurs à la longévité professionnelle  particulièrement importante a duré plus longtemps à la scène que le couple à la ville, passant de l’amour à la haine … avant de se dissoudre professionnellement .

 

Le film présente des interviews croisées des deux protagonistes, mais ne se limite pas  à celle-ci, fût-ce avec des videos d’époque en forme d’intercalaires, ce qui en ferait un documentaire somme toute classique. Comme indiqué plus haut, l’idée est d’illustrer une partie de l’histoire par des scènes reconstituées  avec deux couples de danseurs (l’un pour la période de la rencontre, l’autre pour un age plus mûr où la relation n’est plus que professionnelle). Le procédé aurait été un peu simpliste et meme téléphoné si German Kral n’avait pas eu l’idée de faire interagir Maria Nieves avec les danseurs et des chorégraphes d’aujourd’hui, de sorte que les parties interview prennent par moment  la forme d’une conversation filmée.
Ces parties ne manquent pas d’interet car les scènes de milongas d’époque sont filmées dans les vrais lieux. Par parenthèse , les danseurs  européens, si souvent chipoteurs sur le cadre des milongas, la qualité du parquet, etc.  , ne manqueront pas de mesurer la relativité des choses en découvrant les locaux du mythique Club Atlanta (un simple gymnase , comme Sunderland).

L’ensemble ne pourrait toutefois, malgré cette recherche dans l’approche du sujet, trouver un intérêt  sans la personnalité de Maria Nieves , qui crève l’écran (elle l’avait déjà fait  dans Assassination Tango de  Robert Duvall, lors d'une scène d’anthologie où elle explique à celui-ci qu’il lui faut se toucher les couilles pour conjurer le mauvais sort qui va s’abattre sur lui parce qu’il a prononcé le nom de la chanson « Adios Muchachos »)  et surtout qui se livre par petites touches sur son ressenti (on sent des blessures encore ouvertes). Le spectateur pourra y nourrir sa réflexion sur les vicissitudes de la vie d’artiste et sur l’envers du décor.
Pour etre plus précis, en contrepartie, Juan Carlos Copes a moins de temps d’écran, probablement parce qu’il s'est livré beaucoup moins lors de l’interview,  un peu plus préoccupé, à l'évidence, par le souci de valoriser son rôle de "star" historique du tango. Il n’en lâche pas moins (probablement à son corps défendant) quelques phrases particulièrement éloquentes qui trahissent le contenu de sa relation avec sa partenaire, et la vision qu’il a eu (et conserve).
Chacun se fera donc son idée propre sur les anecdotes croisées des deux protagonistes.

Au total German Kral a réalisé un documentaire original et attachant, qui aura probablement un avenir de programmation dans le milieu tango et les festivals. On espère toutefois que les raisons de ces programmations seront plus liées à la qualité de réalisation qu’au simple fait que ça cause de tango.
La qualité de l'image sur les parties reconstituées et les éléments de décor sur certaines séquences témoignent d'une belle maitrise de la mise en scène. Le résultat final n'en fait pas un film romancé, ni un documentaire "comme les autres". On y trouvera aussi utilement matière à réflexion sur l'envers du décor d'un star system tanguero (trop souvent idéalisé par une frange de consommateurs friands d'images d'Epinal à paillettes, qui entretient ce système avec excès, soit dit en passant) et sur les réalités d'une vie d'artiste qui suppose aussi certains choix difficiles.
 
Film de German Kral (2015)
Avec Maria Nieves Rego, Juan Carlos Copes, Pablo Veron , Melina Brufman, Alejandra Gutty, Leonardo Cuello
Distribution Bodega Films
 





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