Téte, danseur Milonguero


Rédigé le Mercredi 20 Janvier 2010 | Lu 4074 fois


"Danser le tango de la musique et non le tango des figures" interview réalisée en juillet 2005 pour le magazine Tout tango n°4


Téte, danseur Milonguero
Comment as-tu rencontré le tango ?
D’origine italienne, ma mère aimait et dansait beaucoup le tango. Petit, je pratiquais déjà dans mon quartier (Pompeya) avec des gens qui dansaient ‘le tango de la musique et non le tango des figures’.

Il n’y avait pas d’école de tango à cette époque ?
Non pas d’école, pas de cours, une sorte de Práctica : il fallait acheter des carnets de tickets et l’on dansait pour apprendre avec la femme qui nous plaisait, les meilleures danseuses valaient 200 tickets ! on ne pouvait pas aller dans les confiterias car il fallait être majeur. Les jeunes filles n’avaient pas le droit de sortir, la solution consistait à organiser des soirées chez les copains, l’équivalent des « boums » chez vous. Il y avait aussi le jour des bals, où les filles pouvaient sortir, accompagnées de leur mère mais les mères dansaient autant que leurs filles...

Après les années 50, où le Rock et le Swing ont pris possession des radios et chassé les orchestres de tango, as-tu arrêté de danser ?
Non, non, j’ai toujours continué le tango et je me suis mis au rock, au boogie avec passion. Les milongas, d’ailleurs, ont continué à diffuser du tango au milieu des rocks et des rumbas.

On constate que toute nouvelle génération s’affirme, s’autonomise, grandit en se démarquant de l’ancienne par une certaine opposition. À l’époque c’était le refus de la musique tango et l’introduction de la musique rock. Aujourd’hui, c’est le refus de la musique tango dite traditionnelle et l’introduction du tango dit « nuevo », qu’en penses-tu ?
Tout dépend de l’âme de chacun. Moi j’aimais la musique de mes parents, cela ne m’a pas empêché d’écouter et de danser les autres musiques, c’est même au contraire très important d’aller ouvrir les oreilles ailleurs, mais aujourd’hui, les nouveaux orchestres ne
sont que des imitations des    orchestres d’avant, il n’y a pas d’invention. Il n’y a pas de nouveaux poètes, de nouveaux compositeurs. C’est une musique qui sert à attirer les enfants. On ne peut pas gâcher le tango par des stupidités !

Le tango va-il disparaître alors ?
Non parce que c’est une histoire de couple, le tango est à l’intérieur de la tête des gens...

Natucci a édité pour tes 69 ans, un CD « hommage à Tété » dans lequel sont classés pour chaque orchestre, 4 thèmes choisis. Quels sont les orchestres que tu aimes ? Beaucoup d’orchestres comme Biagi, Caló, Troilo, Pugliese, D’Arienzo, Canaro (pour la valse « Un beso a la vida »), mais ces compositeurs ont rencontré des hauts et des bas dans leurs compositions. L’orchestre de Enrique Rodriguez n’a pas eu la place qu’il méritait de son temps, car il jouait aussi du jazz et de la rumba. Piazzolla est à part, il n’est possible de danser que sur cinq thèmes seulement, dont trois pour exhibition. Le reste de son immense répertoire est à écouter.

On trouvait très peu de CD de musique tango, il y a quelques années en France. Pour en trouver, il fallait aller à Buenos Aires ; or il est facile de trouver de la bonne musique maintenant...
Les danseurs ne vont pas là-bas pour écouter de la musique mais pour apprendre à danser, même si la musique est facile d’accès, c’est toi qui dois te faire ami avec la musique, ce n’est pas la musique qui vient te chercher, sinon il vaut mieux que tu restes assis devant la TV. En Europe (et même en Argentine) ils n’écoutent pas la musique, et pourtant, tu ne peux pas confondre un Di Sarli avec un D’Arienzo, il y a un abîme non ? Les DJs devraient citer le nom des orchestres pour éduquer les danseurs. Il faut aussi créer des classes d’écoute pour expliquer la musique.

Tu enseignes le tango depuis 30 ans, as-tu quelques réflexions à nous livrer ?
Je constate comme beaucoup que le nombre de professeurs va bientôt atteindre celui des élèves. Cela devient le tango business.
Il y a même des femmes qui vont chercher des jeunes danseurs argentins pour qu’ils enseignent ici mais surtout qui leur servent de cavalier, on dit chez nous « qu’ils dansent la fille »
Moi, je continue à enseigner la posture milonguero mais en aucun cas le style. Il faut chercher, créer son style. Mais l’enseignement par stage dans mes voyages me laisse un goût d’amertume car il n’y a pas de continuité ; après mon passage, on oublie vite... Le plus important, je le répète encore, c’est danser ‘le tango de la musique et non le tango des figures’.

Propos recueillis par Lalie Marion. Juillet 2005
Merci à Monica Caselles-Barriac pour sa traduction.
Photo Tout Tango




1.Posté par Petitprez le 30/04/2016 03:27 (depuis mobile) | Alerter
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