Tangos de concours


Rédigé le Lundi 29 Septembre 2008 | Lu 675 fois


Petite visite de mon ami, l’amateur de grande musique. Il voudrait en savoir plus sur le tango. Serait-il en train de succomber au charme ?


Tangos de concours
Je lui parle des quelque 50.000 tangos enregistrés à la SADAIC, société des auteurs argentins, sans compter les anonymes, et toute la production du début du XX° siècle, antérieure à la société des auteurs.
- Mais, me demande-t-il,  comment y a-t-il eu une telle production sans nos gros moyens de diffusion ?
Je lui raconte les orgues de barbarie, dans les rues, qui vendaient les partitions si le public aimait le morceau, les bals populaires où les musiciens présentaient leurs compositions, et les concerts, les premières radios,…
Et puis les concours. Eh oui ! Le premier date d’un siècle. En 1908, le journal Ultima Hora organise un concours de tangos, auquel Arturo De Bassi présente sa pièce La Catrera. Mais il n’obtient aucun prix, et, de dépit, il fait écrire, sur la couverture de la partition, la mention «Tango no premiado en el concurso de Última Hora « (tango non primé au concours de Última Hora !).
En 1922, ce sont les cigarettes Tango qui organisent le leur.
Mais le plus célèbre fut, de 1924 à 1930, celui de la maison Glücksmann, qui gérait les disques Nacional-Odeón. C’était le public de la salle de cinéma, du même propriétaire, qui élisait les vainqueurs, grâce à un bulletin de vote joint au ticket d’entrée. Les thèmes étaient joués durant la représentation.
- Bel exemple de démocratie participative, s’exclame mon ami.
      Hélas la réalité était un peu plus trouble. José Gonzalez Castillo raconte comment il s’était précipité pour acheter le plus de tickets possible afin de voter pour le tango de son jeune fils, mais qu’il s’était fait devancer par d’autres concurrents, et surtout par le propriétaire lui-même qui détournait les bulletins de vote des clients attitrés, et les portait sur ses poulains. Salvador Merico décrit la même mésaventure. Bref, la consultation démocratique avait ses limites…

Le concours de 1924 a même été l’occasion d’une vive querelle entre Juan de Dios Filiberto et la famille Castillo, avec échange de menaces. Heureusement, aucun des deux n’a gagné, ce qui a été une chance, vu le physique de catcheur de Castillo père et le palmarès de boxeur de Castillo fils.
Et quel était l’intérêt de ces concours ?
-    Le public découvrait les vainqueurs, les maisons de disques et les radios leur ouvraient leurs portes, les salles leur offraient des contrats. Ainsi, Carlos Gardel enregistrait presque systématiquement les gagnants du concours Nacional-Odeón.
C’était donc le succès assuré ?
-   Pas tout à fait. En 1926, Filiberto a présenté son tango Caminito à un concours de chansons. Or les organisateurs excluaient les tangos par décence. Filiberto a donc étiqueté le sien comme chanson portègne !  Et il a été sifflé par le public ! Il a fallu du temps pour qu’il devienne le succès que l’on sait. A l’inverse, beaucoup de thèmes gagnants sont tombés dans l’oubli.
      Mais dans l’ensemble, les tangos primés faisaient une jolie carrière commerciale, quoique parfois de courte durée. 
-    Alors, conclut mon ami, comme tu me disais que certains se plaignent de la faiblesse de la production actuelle, buvons à la santé de tous ceux qui vont organiser de fabuleux concours de tango, et sans tricherie !

André Vagnon



Nouveau commentaire :
Twitter