TANINO DUO


Rédigé le Dimanche 15 Février 2015 | Lu 3091 fois


Découvert au festival de Tarbes en 2013, et rencontré en été 2014 au festival Tangopostale de Toulouse pour lesquels ils avaient été invité à jouer, les deux musiciens de Tanino Duo se sont prêtés avec beaucoup d'exaltation à cet interview.
Formé de «dos chicos de muy buena onda», jouant pour l'un de l'armonica (Santiago Alvarez) et pour l'autre (Fernando Sanchez), de la guitare, ils ont pris conscience ces dernières années, de l'importance de faire vivre leur musique en l'adaptant au bal. Ils se plaisent à faire danser les tangueros, mais ils veulent aussi nous faire connaître leur tradition musicale par le folklore.
De formation relativement récente, ce duo fait partie des ORCHESTRES D'AUJOURD'HUI qui valent la peine d'être découverts et écoutés. Je me permet d'encourager votre curiosité en allant visiter leur site :


www.taninoduo.com.ar


1 . Construction de l'orchestre :

 

  • Comment l'envie est-elle née (son origine) ? Les rencontres les plus pertinentes qui ont stimulé le démarrage ? Les points communs entre musiciens qui vous ont rassemblé ?

    Tanino duo est né fin 2009. Nous nous sommes connus en jouant sur différents sites, et une nuit, en partageant la scène du mythique « Sanata bar » de Buenos Aires, nous nous sommes découvert la même appétance pour jouer en duo avec de bons accords, et en choisissant un répertoire qui mobilisait notre émotion. Nous avons décidé d'entamer un projet, à la base, de style « tanguero », mais aussi, nous voulions transmettre d'autres expressions musicales de l'Argentine dont fait partie celle que l'on nomme "musique folklorique".
    À partir de là, nous nous sommes réunis pour construire sérieusement notre musique, et après avoir commencer à répéter, nous découvrions que nous nous sentions très bien en jouant ensemble, et nous étions enthousiastes à explorer les diverses possibilités expressives que peut aborder un duo « Guitare-Harmonica ».

    C'est ainsi qu'est né ce groupe qui a maintenant 5 ans de vie, et, deux disques « Tango + Folklore » et « Pulso sur »),édités en 2011 et 2014 par la marque « Los anos luz discos » Nous avons également programmé quelques tournées dans les provinces argentines et à l'extérieur (3 en Europe, au Pérou et au Brésil).

  • Les embûches, les difficultés du début ?

    A Buenos Aires, faire une musique avec sa propre proposition et de surcroît éloignée, tant du domaine commercial comme de celui du "Tango for export" (propre des Maisons plus traditionnelles de Tango) est un chemin ardu et difficile.
    Nous avons eu la chance de pouvoir travailler chaque semaine pendant 1 an en proposant notre musique dans une très fameuse Librairie de la Ville du Buenos Aires. C'est à partir de là que nous avons commencer à penser notre musique comme un projet sérieux, et non seulement destiné à l'écoute, mais aussi à la danse (dans ce sens, l'expérience d'avoir joué dans quelques milongas de Buenos Aires a été très enrichissante).


2 . Choix et motivations :

    • - Comment choisissez vous les morceaux (critères de choix) ?

      Nous partons d'oeuvres qui plaisent au public ainsi qu'à nous même. À partir de là, nous commençons à travailler et à explorer avec nos instruments ( harmonica chromatique et guitare). En jouant, nous nous suggérons des idées, c'est ainsi que la trame se forme, prête à recevoir notre validation commune, ensuite, nous recherchons des lieux imprévus afin de pouvoir interpréter en direct. Nous travaillons les nuances, les phrasés, les types d'accompagnements de la mélodie principale etc..En fait, toutes ces interprétations nous obligent à une écoute permanente mutuelle. Le format de duo est un grand outil qui nous est offert, et que nous essayons de mettre au maximum à profit avec « Tanino », le tout additionné, nous façonnons notre propre son en fonction du répertoire.

 

    • - Quelles ont été les motivations principales pour musicaliser des soirées dansantes (au lieu de se consacrer uniquement à la musique « qui s'écoute » ?

      Il est entendu que le tango est une expression. Bien qu'essentiellement connu sous l'angle d'une sorte de « comédie musicale », il comprend d'autres univers merveilleux, comme celui de la poésie et de la danse. Dans notre cas, nous faisons depuis le début une musique instrumentale ou la danse a pu prendre part naturellement, et avons donc commencer à toucher ceux qui prennent plaisir à s'exprimer par la danse sur cette musique.
      Ce qui consiste à dire que pour les danseurs, cela semblait évident de danser des tangos sous les accords de notre Duo.

      C'est ainsi qu'au fil des ans et des expériences vécues dans les tournées et les milongas de Buenos Aires, que nous décidions de développer un répertoire spécifique en pensant aux danseurs. Par exemple et entre autre, nous avons inclus dans notre deuxième disque"Pulso sur" de 2014, des thèmes nettement dansants, comme « El pollo Ricardo » (L.A. Fernández), « Gallo ciego » (À. Bardi), « El amanecer » (R, Firpo).
      De toute façon, nous croyons que ces concepts de panels de "tangos dansants" devraient être discutés plus sérieusement une bonne fois pour toute ! Nous pensons que tout peut être exprimé par la danse, peut être avec divers degrés de difficulté, mais aussi avec une prédisposition à une écoute musicale différente à celle sur laquelle on nous a habitué à danser « en mesure » sur les enregistrements des fameux orchestres des années 40.

      En ce sens, nous considérons comme important de mentionner ce travail que nous avons commencé à développer à Buenos Aires, et qui d'ailleurs a été très bien reçu lors de notre dernière tournée au Brésil). Un séminaire d'appréciation musicale pour des danseurs (et/ou) des amateurs de la danse de tango avait pour objectif :"ouvrir l'écoute" non seulement aux propositions de musique en direct dans les bals , mais aussi à de nouvelles sonorités ou tendances musicales.

      Des questions se posent :"Qu'est-ce que nous dit la musique ? La perception auditive dans la danse tango ?". Nous pensons que le monde des danseurs et celui des musiciens se sont séparés le long des années d'évolution de ce genre musical, cependant, nous parions qu'ils recommencent à se réunir depuis nos tentatives. Ce phénomène est à la fois avantageux pour les danseurs et pour les musiciens, mais par dessus tout, le plus important est l'effet redondant d'une plus grande jouissance de la musique et de la danse de tango.
      Finalement, à partir de l'enregistrement de « Pulso sur » où nous invitions quelques musiciens, et depuis nos diverses expériences de scènes communes au préalable, cette année , nous avons décidé de formaliser une nouvelle proposition sonore d'une tendance plus milonguera. C'est avec Katharina Deissler, violonniste, que nous nous présentons dans diverses milongas de Buenos Aires, en l'Allemagne et en Suisse comme « Tanino le Trio ».
      Au final, pour poursuivons certains projets avec lesquels nous nous rapprochons de plus en plus du monde de la danse, et grâce auxquels nous sommes comblés.


3 . Plaisir et contraintes :

 

  • Quelles satisfactions retirez vous de vos premières expériences ?

    Nous nous sommes astreints à un travail constant de notre part, mais nous nous sentons très heureux, car nous avons vu défiler 5 années d'activité intense, tant sur le plan national, comme international. Nous avons reçu l'appui de beaucoup de gens. Et pour mentionner un exemple : Au travers de son travail, le Centre Culturel le Collectif dans le quartier de Buenos Aires de Villa Urquiza nous a facilité un premier voyage il y a trois ans. Cela nous offre des satisfactions constantes car ça nous connecte avec les gens très aimables qui nous ouvrent les bras).
    Le plaisir vient en profitant du fruit du travail réalisé jusqu'à ce jour, et tout spécialement quand l'on se rend compte que la musique que l'on fait est appréciée par des gens différents ou lors d'un voyage.

     

  • Quelles difficultés rencontrez vous pour fonctionner (à ce propos, l'Argentine et l'Europe sera différencié) ?

     

    En Argentine, il n'existe pas de politiques culturelles à long terme. L'État n'appuie pas sérieusement des projets comme le notre, ni n'offre des lieux pour faire une musique en direct. Récemment, et durant ces dernières années, il y a eu quelques gestes intéressants en ce sens (comme par exemple “la Loi de la Musique”). Même s'ils n'ont pas encore réussi à la matérialiser, cela marque des améliorations possibles au coeur d'un espace très négligé dans notre pays. Par conséquent, pour pouvoir se développer, nous avons du trouver une bonne dynamique de travail qui nous permette de nous organiser tant sur le plan musical que dans la logistique des voyages et des présentations. De ce fait, et ce qui concerne le facteur personnel que nous trouvons très important, il en ressort une grande amitié entre nous, et, comme on dit en Argentine, “nos ponemos la camiseta”.

    Il est certain que des difficultés, liées à la réalité de chaque pays existent, mais chaque fois, nous trouvons la manière de les solutionner par le travail, et tout ce qui est arrivé avec Tanino Duo dépend des efforts que nous avons déployé.

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    En Europe nous avons pu partager quelques festivals avec un fort appui de l'Etat ou des collectivités (qui est chaque fois moindre que ce qu'on nous raconte), ou un mélange d'apports venant des collectivités et des privés. En Europe la disposition géographique et la densité de la population est différente, ce pourquoi nos tournées deviennent viables, alors qu'à Buenos Aires, tout est difficile... En même temps, cela nous donne beaucoup de force ! Nous allons de l'avant et suivons ce en quoi nous croyons réellement, ce que nous faisons, et nous aimons le faire. Dans Buenos Aires, les musiciens et les groupes, nous sommes beaucoup à se battre tous les jours pour exister. Mais par ailleurs, c'est une ville ou le tango respire, et par ce que la situation est paradoxale : il s'agit d'une faim qui t'alimente...

  • Quels moyens utilisez vous pour vous faire connaître ?

    Fondamentalement, nous comptons sur notre site Internet : www.taninoduo.com.ar sur lequel nous publions les nouveautés, les concerts, les notes de presse...
    De la même manière, nous utilisons beaucoup les réseaux sociaux, facebook, où l'on peut nous trouver sous le nom de « Tanino Duo ».

 


4 . Le passé - Le présent – Le futur :

 

Avant :

5 ans de scène, quelques tournées à l'intérieur de l'Argentine, 3 tournées en Europe, 2 en Amérique latine (le Brésil et le Pérou) et 2 disques édités « Tango+Folklore » (2011) et « Pulso sur » (2014).
Maintenant :

la Présentation de ce nouveau disque « Pulso sur » et la planification du troisième disque, qui inclut la participation d'orchestre et d'un cuatuor de cordes.
L'avenir :

La Tournée Européenne de Tanino Duo et Tanino Trio : juin-juillet-août 2015, en commençant à Paris. Quelques projets ici en Argentine dans diverses formations, et la mise en oeuvre matérielle du troisième disque. La tournée en Europe (janvier-février 2016).

 

  • Qu'avez vous envie de défendre ?

    Au travers de notre humble interprétation d'oeuvres classiques de la musique argentine (rurale et urbaine), nous voulons présenter une musique qui a les racines très profondes, et qui frappe à l'essence de l'être humain de n'importe quelle partie du monde. Cette musique nous émeut, et pouvoir la partager avec les autres nous rend très heureux, c'est l'une des activités les plus gratifiantes. En partageant les émotions... finalement, nous croyons tout traiter beaucoup de chose, non ?

  • Dans quelle mesure arrivez vous à conserver une mémoire tout en donnant de la fraîcheur et de la nouveauté dans vos créations ?

    Nous faisons « un tango », et considérant que le tango est une musique populaire aux racines culturelles profondes, Argentins comme « Portenos », il nous interpelle dans le présent. Nous vivons dans un Buenos Aires d'aujourd'hui, un Buenos Aires ou les gens ne sont pas les mêmes qu'il y a soixante-dix ans. La ville a changé, beaucoup de musiciens, et pas seulement des tangueros, sont passés durant ces dernières années, au travers desquels nous nous sommes identifiés dans une plus ou moins grande mesure. Tout cela à imprégné notre manière de jouer et d'arranger notre musique. Nous n'avons pas de prétentions de nouveauté, mais simplement d'être authentiques et sincères. Pour nous, c'est inévitable, ainsi que de respecter et cultiver notre manière de vivre le tango, comme des musiciens du siècle présent que nous sommes.

  • Votre meilleur et votre plus mauvais souvenir (un « clin d'oeil ») ?

Les mauvais : nous ne nous en souvenons pas.
Les bons : Il y en a beaucoup, mais ceux qui se détachent le plus sont les concerts que nous avons donnés dans le Théâtre des Nouveautés au festival de TARBES en 2013, et ceux du festival TANGOPOSTALE de Toulouse en 2014. Sincèrement, ça nous a beaucoup plu de jouer pour un public très attentif et sensible aux propositions comme la nôtre, et tel que ça arrive avec le public français.

 

  • Comment voyez vous l'avenir musical (comment voulez vous faire évoluer votre musique) ?

    Nous voulons approfondir le chemin entamé depuis ces cinq dernières années, en continuant d'aborder les différentes sonorités musicales qui nous émeuvent, pour ensuite les partager avec le public. Des expériences, de jouer avec d'autres musiciens, d'aborder avec eux des accords et des interprétations plus variées est quelque chose qui aussi, nous enthousiasme beaucoup.


5 . Conclusion :

            Vos trois orchestres préférés de tangos ?
Osvaldo Pugliese, Aníbal Troilo, El Arranque.
            et vos trois orchestres préférés autres styles ?
Raúl Carnota, Mercedes Sosa, Luis Alberto Spinetta.

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                                           Fernando Sánchez (guitarra)
     

                                     &   Santiago Alvarez (Armónica)

                        www.taninoduo.com.ar

                          Marie-Pierre GABIS
     


     


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