TANGO, NO TODO ES ROCK


Rédigé le Dimanche 30 Mars 2014 | Lu 12435 fois


Un film de Jacques Goldstein, co écrit avec Pedro Lombardi,
Avec Omar Correa, Moira Castellano, Gaston Torrelli, Mariano Chicho Frumboli, Jorge Dispari et Marita La Turca, Yannick Wyler, Eugenia Parrilla, Esteban Cortez, Evelyn Rivera, Tabaré Leyton...



En 2005 le photographe Pedro Lombardi avait publié un recueil de clichés intitulé « invitation au tango » où figuraient (entre autres, puisque Omar Correa ou Jorge Dispari ne correspondent pas au profil type) quelques petits  jeunes qui émergeaient sur la scène du tango. Une dizaine d’années plus tard, il retournait sur les rives du Rio de la Plata pour les retrouver et les mettre face aux clichés pris à l’époque, une occasion pour eux de commenter leur parcours  dans l’appréhension de leur danse, leur vision du tango et aussi leur vie personnelle.  
En effet, Moira Castellano et Gaston Torelli en étaient au début de leur relation et ne dansaient pas encore ensemble professionnellement, Estéban Cortez et Evelyn Rivera, couple à la vie et à la scène, émergeaient tout juste sur la scène uruguayenne, Chicho dansait avec Eugenia Parrilla à Paris… Depuis, les premiers ont construit une famille et un couple célèbre à la scène, Estéban et Evelyn se sont séparés, Eugenia travaille avec Yannick Wyler, Chicho est retourné à Buenos Aires et a trouvé Juana, Jorge Dispari s’est construit une clientèle sur une ligne résolument conservatrice en réaction au tango dit « nuevo » de l’époque (peut être grâce à Chicho)…
Et aujourd’hui ils s’expriment sur le sens profond du tango, ce qui se passe dans une tanda, ce qu’ils pensaient à l’époque…

TANGO, NO TODO ES ROCK

J’avoue que personnellement, je commence à être assez fatigué des documentaires sur le tango, qui ont tendance à nous faire le coup du monde merveilleux à la Disney où tout est si mââgique, et où tout le monde semble cool, talentueux, happy, et où le tango est supposé, au-delà des paillettes régler tous les problèmes de l’humanité. Donc c’est avec une certaine distanciation que je me suis rendu à cette projection proposée dans le cadre du festival du cinéma d’Amérique Latine de Toulouse.
J’en suis sorti pour une fois pas mécontent, car on sort un peu des clichés et de la langue de bois (à deux intervenants près, et encore pas tout le temps) et on aborde le sujet avec une vision plus équilibrée. Cela est dû à une certaine franchise des interviewés d’une part (ce qui suppose en amont la création  une certaine mise en confiance de la part de l’interviewer), et par des partis pris de montage et de prises de vue.
Pas de belles démos de scène, les intéressés sont filmés dans l’ensemble dans leurs salles de répétition et ces prises ne sont pas in extenso. Pas de séquences « tour opérator » des milongas phare de Buenos Aires (une petite scène tournée dans la salle de Joventango à… Montevideo, un ou deux plans à Villa Malcolm), pas d’interviewés filmés de face, pas non plus de plans obligés sur l’avenue 9 de Julio, l’obélisque, la Confiteria Ideal, les cena shows ou la Viruta. Donc pas un documentaire de plus sur le tango cherchant le positionnement mainstream pour ne pas obérer l’accroche marketing
Des choix ont été faits, plutôt heureux. D’abord l’argument/gimmick de départ : confronter les personnes à une image d’eux datée et les faire réagir. Des cadrages d’interviews sous des angles peu usités (gros plans sur le visage penché, des gens parfois assis par terre, une parole qui se déroule en fond avec un gros plan sur une moitié de visage, un couple filmé en enfilade lors d’une interview), des rues anonymes filmées depuis une voiture, des alternances de séquences couleur et noir et blanc, une interview dans une salle de billard, autant d’éléments qui rythment différemment l’écriture du film et qui le font échapper à quelque chose qui aurait pu être terriblement soporifique nonobstant l’intérêt des propos sans ce véritable travail de réflexion.
Ensuite, sur le fond les propos recueillis ne sont pas dénués d’intérêt (même, si à un bref moment on n’échappe pas au classique discours « le tango c’est la séduction »).

Car pour une fois on ne nous dore pas la pilule. Les années ont passé. Et un regard distancié et critique transpire des réponses de ceux qui reconnaissent qu’il y a dix ans pensaient que le monde leur appartenait parce qu’ils n’avaient rien à y perdre :
- Oui, on peut se perdre dans le miroir aux alouettes si on ne sait pas vraiment qui on est et ce qu’on cherche.
- Oui, ce n’est pas toujours facile de vivre et travailler en couple même si on travaille dans le tango. Oui, le couple peut s’y dissoudre, et l’après n’est pas forcément facile à vivre.
-Non, ce n’est pas parce qu’on a un discours enseignant sur la musicalité qu’on danse forcément en musique…
Sans compter la question du renouvellement du tango en tant que genre musical vivant. Ce que l'on apprécie dans l'ensemble est que ces personnes que le consommateur tanguero aurait tendance à considérer comme des demi-dieux, des pères spirituels, des modèles incontournables (le star system du tango est peut être plus de la responsabilité de ceux qui prennent les cours ou regardent les démos, que des intéressés eux mêmes, qui n'en demandaient pas tant) se présentent et s'expriment (pour la plupart) plus comme de simples êtres humains qui ont pu etre confronté aux doutes et aux difficultés.
Bref, et pour faire court, « Tango, no todo es rock » est un documentaire sensible et inventif qui, bien que pris sous un angle très étroit, (ou peut-être à cause de ça), en dit peut être beaucoup plus que bien d’autres réunis.
Le DVD sortira bientôt. Nous en publierons l’information et les coordonnées utiles, dans un post de commentaire




1.Posté par Benjamin DELBOY le 16/10/2014 10:34 | Alerter
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Bonjour,
vous pourrez trouver sur ce lien le DVD en vente :
http://www.filmsdocumentaires.com/films/3274-tango

Merci pour ce bel article.

L'équipe du film

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