TANGO Le couple, le bal et la scène

Christophe Apprill - Editions Autrement Collection mutations / ISBN 978 2 7467 0987 4


Rédigé le Lundi 29 Septembre 2008 | Lu 147 fois


Attention, bouquin important ! Christophe Apprill - que les plus anciens (dans le tango, s’entend) d’entre nous connaissent bien, et qui s’est signalé récemment dans le milieu associatif comme le concepteur d’une enquête controversée sur le diplôme d’enseignant de danses du monde, vient de sortir un nouvel opus. En tant que sociologue, le danseur, qu’il est, avait déjà collaboré à “Danses latines, le désir des continents “, et publié “Le tango argentin en France“ et “Sociologie des danses de bal“, ces deux derniers étant des ouvrages directement issus de la recherche universitaire et donc affectés de quelques tics d’écriture que le milieu exige de ses membres.


TANGO Le couple, le bal et la scène

Ici, point d’enquête, pas de définitions méthodologiques. Du texte et du texte pur. Avec notamment un hilarant premier paragraphe d’introduction associant l’existence de masques de milongueros et une légende de plus sur la naissance du tango.

Le contenu va aborder sur 140 pages environ l’ensemble des phénomènes, débats, et observations qui affectent notre activité favorite tant ici que du côté du Rio de la Plata en donnant quelques éléments de recul :
Une des trois grandes parties est consacrée aux rapports entre musique et danse, l’osmose entre 1925 et 1955, le déclin jusqu’en 1982 puis la renaissance, les attentes différentes des musiciens et des danseurs (musique à écouter ou à danser ?), le rapport triangulaire entre musique et partenaires dans le bal, ce que les danseurs entendent quand ils dansent (et l’entendent-ils ? Selon les musiciens ce n’est pas si évident).

La deuxième partie, intitulée “un couple en marche“, aborde de délicates (et quelquefois douloureuses) questions qui traversent les rapports du couple de danse.
Tout un passage est consacré à l’apprentissage : la cuirasse du débutant, la répartition des rôles, (de “il guide, elle suit“ à “il propose, elle est à l’écoute“), l’étreinte (danser ouvert ou fermé), l’improvisation, le premier bal, l’invitation.
Un autre passage intitulé “corps à corps“ aborde les affres et bonheurs de la fusion, les pas de danse, le “tango gay“ avant de céder la place à un autre, intitulé “la construction de soi“ qui se penchera sur l’aspect le plus intime de notre relation à la danse : espace de relation, sensualité et retenue, expériences émotionnelles spécifiques… Ce n’est pas le moindre intérêt de cette partie que de vouloir mettre des mots sur des sensations très rarement verbalisées.

La dernière partie s’attache à pister les enjeux contemporains du tango : les rapports dialectiques entre le bal et la scène, la mondialisation du tango, le pèlerinage à Buenos Aires, le tango dans l’espace urbain, la recomposition des rôles homme/femme…

Des propos assortis de témoignages ou d’exemples augmentent l’intérêt des interrogations ou des affirmations contenues au fil des pages. On sort ainsi d’une approche purement théorique, le style en est plus vivant et c’est sans doute grâce à cela que sans sourciller le lecteur en arrivera lors de la conclusion à percevoir sans trop de remue-méninges le sens d’une phrase qui indiquera qu’il “constitue une allégorie du désengagement, réalisée dans une recherche intense d’engagement corporel“ ou que “la construction de soi se réalise avec l’altérité dans un face à face renouvelé, sous la surveillance du groupe“. Sorti comme ça du contexte qui précède, ça a l’air un peu hard, mais tout ceci s’avère parfaitement logique et limpide, une fois qu’on a fourni l’effort (pas violent au demeurant) de lire ces pages qui ont le mérite d’aborder beaucoup de points non formulés explicitement dans la vie de tous les jours d’un tanguero et d’amener la majeure partie d’entre nous à prendre un peu de recul et de hauteur par rapport au sujet.

Violemment recommandable et donc recommandé !

Eric Schmitt




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