Stéphane, El Turquito


Rédigé le Mercredi 24 Décembre 2008 à 10:52 | Lu 4495 fois | 0 commentaire(s)


Stéphane ou plutôt El Turquito est bien connu de tous les Parisiens puisqu’il participe activement depuis de nombreuses années à la vie nocturne, artistique et festive de la capitale. Homme orchestre, doué de compétences variées, on peut le croiser ainsi le plus souvent au détour d’une milonga en tant qu’organisateur, dJ, danseur, enseignant ou musicien. Sous un caractère très discret et réservé, se cache vivacité, intelligence et douceur. Il nous livre aujourd’hui quelques bribes de sa vie, de ses pensées, portrait :


Stéphane, El Turquito
PTG : Et avant le tango ?

Bien que Stambouiote, je suis né à Ankara. Mon père, économiste de métier était appelé à voyager au gré de ses missions et nous le suivions. A deux ans et demi, je partis aux USA. A mon retour en Turquie à l’âge de 7 ans, j’avais oublié le Turc. A 9 ans, nous vînmes nous installer définitivement à Paris. J’ai passé mon enfance à apprendre des langues, à me déraciner, à quitter un pays où pour en retrouver un autre. Vers mes 15 ans, ma mère se remaria à un anglais, féru de Jazz, ex-DJ de la radio de la R.A.F durant la seconde guerre mondiale. La grande époque du Swing ! A travers lui,  je découvris cette musique sous toutes ses facettes… A la maison, on se parlait français avec ma sœur, turc avec ma mère et anglais en présence de mon beau-père. Au lycée, la lecture de “l’écume des jours” de Boris Vian frappa de façon décisive mon imaginaire. Abandonnant le piano classique symbolisant mon enfance obéissante néanmoins révolue, je commençai ma crise d’adolescence en gratouillant sans prendre de cours, en déchiffrant les grilles d’accords, en fumant comme un pompier (ou comme un Turc) et en fréquentant les boîtes de Jazz de Saint-Germain-des-Prés. C’est là, au hasard d’une porte poussée dans les arrière rues que j’eus la révélation : des gens dansaient sur la musique et vivaient une expérience charnelle avec le jazz ! Je regardais ébahi, les danseurs de be-bop, les “rats de cave” que Boris Vian évoquait dans son manuel… Ma guitare progressait un peu mais très lentement. Au bout de 10 années je jugeai les résultats décevants mais j’appris enfin ma leçon : plus jamais je n’entreprendrais quoi que ce soit qui soit un art sans prendre de cours ! Aussi, lorsque je décidai de me mettre au be-bop à 26 ans, je pris directement la direction d’une école de danse. Pour faire court, un peu plus tard, j’ai créé avec un ami le site danse-a-2, à 31 ans, j’ai commencé le Tango, la suite, vous la connaissez.

PTG : Ton enseignement du tango, ses racines ?

Par pure coïncidence et assez curieusement, j’ai commencé le Tango en même temps que cela a démarré en Turquie. J’ai eu ma grosse claque en me rendant dans une milonga la première fois à Istanbul. Je pensais y trouver des piètres danseurs et à la place je suis rentré humble et stupéfait de leurs niveaux acquis en si peu de temps.

Plus tard, j’appris que c’était Metin Yazir, un danseur Turc qui avait été à l’origine de ce phénomène aidé en cela par une méthode diabolique qu’il avait mis au point en s’inspirant de l’enseignement de Gustavo Naveira. Je le fis venir à Paris le 1er mai 2001 et suivis ses cours de formation d’enseignement pour comprendre comment il avait réussi à mettre tout le monde sur la piste de danse au bout de trois mois. Pour moi, c’était le point de départ. Ce ne sera pas avant 2003 que je commencerai l’enseignement.


PTG : Passe t-on du tango aux autres danses de couple (et vice versa) sans problème ? Y a t-t-il une différence fondamentale pour toi ?

Bonne question ! Pour moi, chaque danse improvisée pour le bal est une culture différente qu’il convient d’aborder malgré tout avec une certaine humilité et on ne devrait pas chercher à transposer ses acquis dans une danse sur une autre. C’est une erreur assez courante.

Ensuite, le tango se singularise à mes yeux par une caractéristique : c’est la seule danse de couple que je connaisse dont le principe de communication ne dépend pas d’un cycle donné. En Rock, par exemple on va danser à 6 temps ou à 10 temps. On pourra faire un nombre infini de figures, mais on va toujours respecter un schéma précis d’appuis à des moments bien précis qui permettront la communication et l’improvisation. Des concepts analogues existent en valse musette, en salsa et toutes les autres danses à deux dès lors qu’elles sont un peu élaborées.

Ceci n’est pas le cas pour le tango où le guidage et l’écoute sont intimement liés à la posture et à la marche mais pas à un cycle donné et ceci est assez révolutionnaire!

C’est d’ailleurs grâce à cette propriété qu’on peut danser la valse argentine, la milonga ou n’importe quoi d’autre avec la même danse. Jadis, on a dansé le swing en appelant cela le Swango, aujourd’hui l’électro-tango… mais la technique reste la technique.

PTG : Tes projets, tes envies…?

D’une manière plus générale, je mène une réflexion depuis 7 ans pour savoir comment incorporer le temps au cœur de l’enseignement sans que cela ne devienne « ésotérique » car je crois qu’il y a encore énormément à faire sur ce plan-là. Je pense avoir débouché sur un programme efficace. Je n’en dis pas plus pour le moment, vous en saurez plus prochainement.

Propos recueillis par Lalie Marion



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