Ricardo Tanturi


Rédigé le Jeudi 26 Décembre 2013 | Lu 4372 fois


Comme Rodolfo Biagi ou encore Francisco De Caro, Victor Ricardo Tanturi commence par étudier le violon avant de se consacrer au piano. Son premier professeur était Francisco Alessio, l’oncle du célèbre bandonéoniste Enrique Alessio ; quant au piano, nul besoin d’aller au conservatoire, Ricardo apprenait avec son grand frère Antonio qui avait son propre orchestre dans les années 20. Rapidement, Ricardo décide de former son orchestre Rostán : « Tan » pour Tanturi, « Ros » pour Rosich, musicien avec qui il s’associe. Il fait également des études de médecine mais pour notre plus grand plaisir, le Tango l’emporte et Ricardo Tanturi devient un des plus grands Maestros de notre musique préférée.


1933, Ricardo Tanturi forme le sextet « Los Indios », dont le nom est inspiré par l’équipe homonyme de polo, sport très à la mode à cette époque. Ce sextet composé de deux bandonéons (Emilio Aguirre et Francisco Ferraro), deux violons, contrebasse et piano (Ricardo Tanturi), anime les fêtes au « Roof Garden » de l’Alvear Palace Hotel, retransmises sur la radio Excelsior LR5.  

 

1936, l’Orchestre Typique ! 

Le succès auprès des danseurs est tel, que Tanturi se voit proposer un contrat pour animer les bals d’été à l’Hotel Casino Carrasco de Montevideo. A cette occasion, il décide d’agrandir la formation et confie le piano à Armando Posada afin de se consacrer pleinement au rôle de chef d’orchestre. Le jeu rythmique et marqué de Posada dynamise Los Indios comme a pu le faire Biagi pour D’Arienzo ou Goñi pour Troilo. Armando Posada restera auprès de Tanturi jusqu’à la dissolution de l’orchestre en 1966. Le premier chanteur intervient : Carlos Ortega. Etant donné le succès et l’engouement du public, Tanturi compose une marche intitulée Carrasco « …bajo el sol del Urugay y besada por el mar eres reina de estas playas… ». 

 

1937, Les 1ers enregistrements. 

Pablo Osvaldo Valle, directeur artistique de Radio El Mundo réunit les meilleurs orchestres du moment dont celui de Tanturi qui réalise de bonnes audiences. Los Indios accèdent alors au disque et enregistrent pour le label Odéon : TierritaA la luz de un candil (1937), Gallo ciego et Carrasco (1938). 

 

1940, L’arrivée d’Alberto Castillo

Ricardo Tanturi découvre Alberto Castillo, qui fait décoller le succès de l’orchestre et enregistre chez RCA Victor la valse Recuerdo en même temps que l’instrumental El buey solo (1941). Dans le même studio, Tanturi avait gravé 2 mois plus tôt La cumparsita et Agañaraz (1940). Les instrumentaux de cette période sont très rythmés, voire accélérés et n’ont rien à envier au célèbre « Rey del Compas ». Le succès de Tanturi-Castillo est énorme jusqu’en 1943 : La vida es corta, Pocas palabras (1941), Así baila el Tango (1942)... 

 

1943, Comment remplacer Castillo ?

Le style « arrabalero » de Castillo et son utilisation du Lunfardo ne sont pas bien vus par le gouvernement, si bien que Tanturi se sépare de son chanteur. Mais comment remplacer cette voix, cette personnalité ? Tanturi organise en secret des auditions et intègre alors Enrique Campos qui enregistre à partir d’août 1943 : Muchachos comienza la ronda, Una emoción (1943), En el salón (1944), entre autres enregistrements incontournables. 

 

1945, D’autres chanteurs

Les grands orchestres de cette époque avaient généralement deux chanteurs. Enrique Campos partage alors sa place avec Roberto Videla. Ils enregistrent en duo la valse Tu vieja ventana en 1945. L’année suivante, Horacio Roca remplace Campos, puis en 1950 Osvaldo Ribó remplace Videla. En 1951, Ricardo Tanturi dissout l’orchestre « Los Indios ». 

 

1956, le retour de Tanturi

Pour notre plus grand plaisir, Tanturi forme de nouveau son orchestre en rappelant la plupart de ses musiciens. Au chant, il fait appel successivement à Horacio Roca, Elsa Rivas, Juan Carlos Godoy, Alberto Guzmán, Blanca Bassi, Jorge Falcón, et enregistre jusqu’en 1965. 

 

Le style de Ricardo Tanturi 

Il est difficile d’identifier chez Tanturi des caractéristiques aussi marquantes que chez Pugliese, D’Arienzo ou Di Sarli. Sans faire de prouesse technique particulière, ses arrangements sont à la fois simples et d’une efficacité redoutable : un style calme mais bien marqué (en particulier dans ses premiers instrumentaux), l’alternance de phrases mélodiques et rythmiques, et l’utilisation de la structure classique de cette époque : d’abord le couplet et le refrain avec l’orchestre seul, ensuite la même structure mais avec le chant, puis le refrain instrumental (souvent avec un solo) puis avec le chant. Son Tango est pensé pour les danseurs ; le « compás » est facilement repérable grâce au piano qui plaque ses accords réguliers sur le rythme. On remarque également l’utilisation quasi systématique de la syncope, figure rythmique dans laquelle sont accentués successivement le 1er temps fort, deux contre-temps et le 2nd temps fort (à titre d’exemple, deux syncopes se trouvent à 0min13s de La vida es corta). 

Les enregistrements de Ricardo Tanturi sont devenus des incontournables du genre et les plus appréciés en milonga. Pour preuve, il suffit de constater les titres de son répertoire faisant allusion à la danse : Al compás de un Tango, Así es la milonga, Cuatros compases, Así se baila el Tango, Bailongo de los domingos, En el salón, Salimos a bailar… Il faut également noter que le succès de Tanturi repose en grande partie sur le choix de ses chanteurs, plus particulièrement Alberto Castillo et Enrique Campos, qui savaient s’adapter parfaitement à l’orchestre.

Gregory Diaz 

www.el-recodo.com

 

4 ASTUCES !

Pour reconnaître Ricardo Tanturi en milonga, il suffit de repérer :

1 - Les chanteurs Enrique Campos (voix douce et grave) ou Alberto Castillo (voix plus aigüe/nasillarde). 

2 - Son style simple, posé et bien marqué. 

3 - L’utilisation de la syncope. 

4 - Son final avec le dernier accord au piano, légèrement en retard. 


Enrique Campos (10/03/1913 – 13/03/1970)

Après le départ de Castillo en 1943, nombreux sont ceux qui ont tenté d’imiter Alberto pour le remplacer. L’intelligence de Tanturi est d’avoir su prendre le contre-pied en choisissant l’uruguayen Enrique Campos, de son vrai nom Enrique Inocencio Troncone. Campos est un chanteur à la personnalité toute aussi marquée, mais dans un registre opposé. Son style est plus mélancolique, sa voix moins stridente, plus grave. Ces caractéristiques étaient idéales pour l’orchestre et correspondaient parfaitement à la tendance mélodique de cette période (1943), comme en témoignent la qualité des disques de Tanturi-Campos.


Alberto Castillo (7/12/1914 – 23/07/2002)

Alberto Castillo, de son vrai nom Alberto Salvador De Lucca, est certainement le chanteur le plus facilement identifiable grâce à son timbre légèrement nasillard, son style canaille, et des textes souvent en lunfardo. Pour autant, il brille étonnamment sur des registres plus romantiques. Cette capacité à passer de la narration au grotesque, de l’exclamation à la sobriété, en passant par toutes les émotions, en fait un chanteur unique. 




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