RÉVÉLATIONS Carlos Gardel, cet escroc bien français


Rédigé le Samedi 15 Décembre 2012 | Lu 2484 fois


RÉVÉLATIONS Carlos Gardel, cet escroc bien français
Le journal argentin Página 12 a eu accès au casier judiciaire de "Carlitos", le roi du tango. Il en ressort qu'il a plusieurs fois changé d'identité pour effacer son passé. Et surtout : maintenant oui, il est bien français!
Página 12 | Raúl Kollmann 22 novembre 2012


Photo prise en 1930, Carlos Gardel guettant un oiseau dans une cage. AFP
Photo prise en 1930, Carlos Gardel guettant un oiseau dans une cage. AFP
Une enquête criminelle dévoile pour la première fois le véritable casier judiciaire de Carlos Gardel [mort en 1935], dans lequel il apparait sous le pseudonyme "El pibe Carlitos" [Carlitos le gamin] avec des antécédents pour "escroquerie par la voie du 'conte de l’oncle' (voir plus bas)". La reproduction que ce journal a pu consulter (personne ne sait qui détient l’original) est datée du 18 août 1915 et constitue une magnifique découverte. En effet, Gardel avait réussi à faire détruire son casier avec l'aide du président argentin Marcelo T. de Alvear [1922-1928]. Mais à Buenos Aires, quelqu'un a réussi à en conserver deux : celui que l’on connait désormais, et un autre de 1904, lorsque Gardel, alors adolescent, avait fugué de chez lui.

Les experts Raúl Torre et Juan José Fenoglio ont comparé les empreintes digitales de 1904, celles de 1915 et celles d’un dossier postérieur de 1923 à l’aide de la technologie la plus moderne au monde, l’AFIS. Ils ont ainsi pu déterminer qu’il s’agissait toujours de la même personne. Et ce qui est important c’est qu’en 1904, lorsque sa mère le recherche et qu’il n’a aucune raison de mentir, les données de filiation indiquées parlent de Carlos Gardez, né en 1890 à Toulouse.

Un type d'escroquerie courant
Le procédé du conte de l’oncle était un type d’escroquerie assez courant à cette époque. Pendant quelques semaines, une personne venait plusieurs fois dans un bar et racontait, en présentant des documents, qu'il venait de recevoir un énorme héritage de la part d’un oncle, par exemple à Salta [à 1 500 km de Buenos Aires]. Il disait qu'il n’avait pas d’argent pour se rendre dans cette province et payer le logement. S'il réussissait à convaincre la victime, l'arnaqueur signait une sorte d’accord selon lequel il cédait une partie de son héritage et la victime lui fournissait l’argent pour le voyage, l’hôtel et parfois les frais d’avocat.

Dans certains cas, le menteur avait un complice qui faisait semblant de se battre avec la victime pour obtenir le "marché". Bien évidemment, à la fin de l’histoire, le menteur et son complice disparaissaient. Aux yeux de la loi, c’est un délit d’escroquerie, comme l’indique le casier de Gardel.Torre explique que pour une star comme Gardel, un casier d’escroc était une bombe à retardement. Encore plus à cette époque. C’est peut-être la raison pour laquelle l’identité du chanteur n’est qu’un tissu de mensonges.

En 1904, il est Carlos Gardez, né à Toulouse, fils de Berta Gardez uniquement. Il est très probable que le policier ayant rédigé le dossier se soit trompé en mettant un z au lieu d’un s, cette dernière orthographe correspondant au véritable nom de Berta. En 1915, il est Carlos Gardel, fils de Carlos Gardel (une personne fictive) et de Berta Gardel (qui n’existe pas non plus, c’est Gardés), né à La Plata [ville de la province de Buenos Aires], un mensonge évident. Le 8 octobre 1923, il a besoin d’un passeport pour sa tournée à l’étranger. Le collectionneur Hamlet Peluso fournit l’original, comprenant l’empreinte digitale.

Pour obtenir ce passeport, Gardel se présente au consulat uruguayen et déclare être né à Tacuarembó [en Uruguay] en 1887, de Carlos et Berta Gardel. En 1933, Gardel rédige son testament, dans lequel il affirme textuellement "je suis français, né à Toulouse le 11 décembre 1890, de Berthe Gardés. Je déclare expressément que mon véritable nom est Carlos Romualdo Gardel". "Le fait qu'il est tellement changé d'identité, explique Torre, révèle le poids que représentait pour lui de ce casier d’escroc."

Déserteur ?
Un fait étrange apparaît dans une grande partie des premières compositions chantées par Gardel. Elles ont été écrites par Andrés Cepeda, surnommé "le poète de la prison" : Cepeda a passé de nombreuses années de sa vie en prison avant de mourir dans une bagarre de fanfarons dans les bas-fonds de Buenos Aires. Il a écrit plusieurs textes qui furent ensuite chantés par le duo Gardel-Razzano. Dans les casiers étudiés par Torre, Cepeda figure également comme escroc par voie du conte de l’oncle. Tout porte à croire que les deux hommes ont quelques escapades en commun. L’une des hypothèses suppose qu’ils auraient partagé une cellule ou des gardes à vue dans des commissariats.

Certains pensent que la fausse identité de Gardel vient du fait que, né en France, il était déserteur dans la mesure où il aurait dû combattre lors de la première guerre mondiale. Or, ceux qui ont étudié la question soutiennent que les pays européens convoquaient tous leurs citoyens à la file pour incorporation, mais qu’il n’y avait pas de persécutions à l’encontre de ceux qui se trouvaient en dehors de leurs pays. "Il ne fait aucun doute que les changements d’identité de Gardel sont liés à ses antécédents délictueux, insiste Torres. Il changeait une lettre, un lieu de naissance pour que l’on ne se rende pas compte qu'il était en réalité le Pibe Carlitos, escroc par voie du conte de l’oncle."

http://www.courrierinternational.com/article/2012/11/22/carlos-gardel-cet-escroc-bien-francais

Article original en espagnol
http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/1-207654-2012-11-12.html



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