Portrait, Rodrigo Rufino et Gisela Passi


Rédigé le Mercredi 22 Octobre 2008 | Lu 3148 fois


Jeunes, passionnés, authentiques. Rodrigo Rufino et Gisela Passi viennent de Buenos Aires et s'installent à Paris pour danser et enseigner un tango à la fois traditionnel et actuel. Milongueros d'ici et d'ailleurs, ils nous parlent d'un abrazo universel.




 Pourquoi êtes-vous basés à Paris ?
   

Gisela : J'ai toujours rêvé de venir à Paris. Après des études universitaires de français à Buenos Aires, j'ai réussi le concours international de l'Ecole Normale Supérieure. Mes premières années parisiennes, je les ai partagées entre la fac et le tango, étudiante studieuse la journée et milonguera la nuit. Mon statut de danseuse professionnelle, ma vie 100% tango, n'est que très récente.


Rodrigo : J'ai suivi Gisela et je ne le regrette pas. Je suis amoureux de cette ville. 



Quelles sont les influences sur votre tango?



Rodrigo : J'ai une influence dominante : depuis mes 14 ans et encore aujourd’hui, ce sont toutes ces soirées partagées avec les milongueros, qu'ils soient jeunes ou vieux. Je n'ai pas appris à danser "comme" les milongueros, j'ai grandi avec eux.  J'ai commencé à danser avec ma sœur Rebeca qui n'avait que 9 ans ; nos parents nous amenaient toutes les semaines à la milonga.  J’ai pris des cours avec beaucoup de milongueros et de danseurs (dont Pepito Avellaneda et Rodolfo Cieri) et j’ai passé des milliers d’heures en répétition, mais ce qui m'a le plus marqué, c’est d’avoir été complètement immergé dans le milieu tango dès le plus jeune âge. J’ai consacré plus de la moitié de ma vie au tango. Du point de vue pédagogique, c'est Gisela qui m'a influencé. Avec elle j'ai appris à enseigner.



Gisela : Je ne le dis pas souvent, mais mon influence principale est Rodrigo Rufino. Je l'ai connu à Buenos Aires quand j'avais 16 ans, il en avait 17. C'est lui qui m'a fait découvrir le tango. Malgré son âge, il était déjà un tanguero très passionné et avec de fortes convictions. Plus tard, c'est encore lui qui m'enseignera à danser avec des perspectives professionnelles. J'ai suivi des cours avec des danseuses extraordinaires (Lubiz, Quiroga, Poberaj, Plebs) que j'admire et qui me font rêver à chaque fois que je les vois danser, mais je ne cherche pas à imiter leur style.  J'ai choisi le chemin sans doute le plus difficile et le plus long : me forger un style. C'est vrai que j'ai d’abord appris à être la partenaire de Rodrigo, mais je développe actuellement mon propre tango, j'ai très envie d'apporter de plus en plus de choses au couple.



Quel style de tango enseignez-vous?



Rodrigo : Nous enseignons un tango fidèle à l'abrazo de Buenos Aires, abrazo qui a franchi toutes les frontières jusqu'à devenir universel. Mais il ne faut pas oublier d'où il vient. En même temps, nous ne souhaitons pas porter les drapeaux du tango milonguero ou du tango salon de Villa Urquiza. Nous mettons l'accent sur l'axe individuel (par opposition à l'axe partagé), qui offre plus de confort et de liberté et nous insistons sur le contact concret et agréable des torses (par opposition à l'abrazo fermé sans contact réel des torses). Nous nous efforçons d'enseigner un tango naturel, doux et harmonieux. Nous préférons ne pas imposer une position de bras ou de tête : nous montrons toutes les possibilités de l'abrazo fermé et c'est à chaque élève de construire son propre style selon sa morphologie et sa personnalité.



Quels sont les concepts clés de votre enseignement?


Gisela : Je ne peux pas tout évoquer en un paragraphe, mais les points techniques qui nous semblent essentiels sont : l’abrazo, que chacun soit dans son axe, le contact réel et agréable des torses, le confort, l’harmonie et l’élégance, le plexus solaire comme centre de connexion et point de départ de tous les mouvements. D'autre part, au-delà de l’aspect purement technique, nous enseignons la gestion des espaces réduits, les usages et le respect des autres danseurs en bal (pas seulement sur la piste), comment choisir les mouvements selon la musique des différents orchestres, les figures sobres et musicales par opposition aux figures compliquées et fantaisistes, le plaisir intimiste à deux. Enfin nous partageons notre culture tango avec nos élèves en évoquant ses aspects sociaux et historiques.

A chacun son tango? y a-t-il des limites?



Une chose est sûre... nous n'aimons pas les clones. Le tango est une danse populaire, chaque danseur, chaque danseuse devrait exprimer sa personnalité et ses vécus. On a tous des particularités physiques, des envies et des sentiments différents qui devraient rendre notre danse unique sans oublier les valeurs sociales et esthétiques du tango. On devrait plutôt parler de frontières stylistiques, nous considérons que le tango possède des traits distinctifs à respecter et à adopter mais cela est un choix personnel. Nous, nous avons choisi de respecter la tradition de Buenos Aires et de lui apporter notre jeunesse et notre enthousiasme.

Propos recueillis par Lalie Marion, octobre 2008




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