Polit’ANGO


Rédigé le Lundi 22 Décembre 2008 | Lu 642 fois



Polit’ANGO
Petite visite de mon ami le mélomane : c’est donc l’heure de l’apéritif… et, actualité oblige, nous échangeons quelques banalités sur la politique. Alors mon ami m’interpelle :

- Dis donc, au fait, ton tango, il s’intéresse davantage aux histoires de cœur qu’à la vie sociale !

Je lui concède que le cœur a une grande place dans les textes, mais je me prends au jeu pour lui montrer que les préoccupations sociales ou politiques ne sont pas absentes du tango.
        Ceux qui décrivent la rude condition du petit peuple sont très nombreux, et de toutes les époques. Celui que je trouve être le plus représentatif de la critique sociale, c’est Al pie de la Santa Cruz, 1933, de Delfino et Battistella. La première strophe décrit une grève provoquée par la faim, puis l’arrestation d’un gréviste. La deuxième montre la désolation de la pauvre famille et la troisième accompagne le condamné jusqu’au bateau qui l’emmène au bagne de Ushuaia, le même qui a « hébergé » Carlos Gardel pendant deux ans à la suite d’une bagarre meurtrière.
        J’aime bien, aussi, Politica chica, de Barrios, qui rêve d’une politique au service des plus pauvres,  sans manipulations électorales, et d’une classe dirigeante sans escrocs…

Je suppose, me dit-il, que l’on pourrait trouver des textes plus récents.
Eh bien, lis attentivement le prochain numéro de Tout Tango, et tu y trouveras un texte émouvant sur les exactions de la dernière junte militaire.

Mais l’histoire du tango présente d’autres facettes, et de tous les bords. C’est ainsi que la dictature de Juan Manuel de Rosas, du milieu du XIX° siècle, a été une source de nostalgie pour tout un groupe de compositeurs, dont Maciel et Blomberg. Plusieurs titres évoquent avec sympathie la Mazorca, milice assez sanguinaire du dictateur, que l’on avait surnommé El Restaurador. Ainsi La guitarrera de San Nicolas, qui chantait si bien aux temps bénis de Rosas, ou le Trovador mazorquero, qui incite joyeusement à étriper les opposants à Rosas… Et je me souviens d’avoir vraiment écoeuré une cavalière en lui expliquant que le tango que l’on venait de danser avec un tel plaisir était une apologie nettement fasciste du dictateur Rosas…
  Qui n’a pas dansé le vieux tango Unión Cívica, devenu hymne du parti radical très conservateur ? Qui n’a pas écouté Viva la Patria, chanté par Gardel, et qui est à la gloire de la révolution militaire de 1930 !

Ah bon ! je croyais que le tango était de souche populaire, mais il semble qu’il bascule de temps en temps…
Ce ne sont que des hommes…

Ainsi, Discépolo animait, sous le pseudonyme de Mordisquito, une émission radiophonique dans laquelle il défendait avec talent et conviction Perón et le péronisme, ce qui lui a valu une période glaciaire à la chute du régime.
Mais n’oublions pas que Osvaldo Pugliese est toujours resté fidèle au Parti Communiste. A ce titre, il a été régulièrement embastillé. Et durant ces périodes, fleurissait, sur les murs, l’inscription « Libertad a Pugliese », et, sur le couvercle fermé du piano, un œillet rouge…

J’ose à peine terminer avec le compositeur et parolier Eduardo Bianco, qui a souvent séjourné à Paris. Il a délicatement dédicacé deux tangos à Mussolini, et une autre de ses œuvres, Plegaria, plaisait tellement aux S.S. qu’ils la faisaient jouer lors des exécutions dans le camp de Czernowitz en Roumanie.

Et mon ami de conclure que nous devons tout admettre, nous qui vivons dans un pays où la chanson et la politique se côtoient au plus haut niveau…
André Vagnon

PS. Consulter le site Bibletango.com pour avoir plus de renseignements sur les auteurs ou les tangos cités.
NDLR : l’excellent site web «bibletango.com» est entièrement conçu, réalisé et entretenu par notre ami chroniqueur André Vagnon.
C’est une mine impressionnante d’informations pour qui veut se documenter sur le tango.

Nicolas Sarkozy et Carla Sarkozy-Bruni Image parue sur Mediafax Photo AFP
Nicolas Sarkozy et Carla Sarkozy-Bruni Image parue sur Mediafax Photo AFP



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