Parole de poète


Rédigé le Lundi 29 Septembre 2008 | Lu 1709 fois


Marcela Bublik, chanteuse et poète se considère comme une troubadour au féminin. Elle remporta le premier prix d’un concours de paroles de “tango pour l’identité“ organisé par les Grands-Mères de la Place de Mai en 2004 avec ce tango “Soy“. Ecrire sur les enfants des disparus, enlevés et remis à des proches des tortionnaires de leurs propres parents, sous la dictature dès 1976, est un engagement et une nécessité personnelle qu’elle sent face à l’histoire de son pays.


Parole de poète
C’est le bandonéoniste et compositeur Raúl Garello qui mit en musique ce texte sobre et poignant, chanté pour la première fois par Ana María Cores puis que Marcela enregistra elle-même sur son disque Gallo de fuego (Coq de feu, son signe astrologique chinois) en 2005 et qui a illustré un épisode de la série télévisée sur les disparus “Montecristo“.

JE SUIS
A tous les petits-enfants

Je suis le maté, je suis la brise, je suis le soleil du matin.
Je cherche l’arbre, je cherche le fleuve et le motif de cette soif.
Dans ma poitrine roule un rêve et un murmure sans parole
Qui me berce de très loin, sans miroir de papier.
Cette porte qui m’attire, j’ai besoin de la traverser
Je sais que quelqu’un m’attend, je sais qu’on m’a toujours cherché,
Que ce quelqu’un détient cette réponse d’où jaillit la lumière dans l’ombre
Le battement et la mémoire accordent le cœur à la raison.

Il me manque un patio, un rire, une chanson et un été
Et une poupée de chiffon et un livre que je n’ai pas lu
Et une grand-mère qui cuisine une soupe d’étoiles et de vin
Tandis que la table fleure bon les oranges et le jasmin.

Pour la vie qui est vive, pour la mort qui est incertaine,
pour chaque fleur qui s’ouvre sous le soleil qui l’abrite.
pour l’enfant qui demain naviguera entre mes branches
se cherchant dans les portraits que la nuit m’arrache
on ne pourra plus me mentir sur la couleur du regard.
J’ai un nom et un sang qu’on a voulu effacer,
qui est plus fort que l’épée et la rose séchée
qu’on a rempli de cendres de silence et de solitude.

Et il y a un patio et un rire et une chanson et un été
Et une poupée de chiffon et un livre que je n’ai pas lu
Et une grand-mère qui cuisine une soupe d’étoiles et de vin
Tandis que la table fleure bon les oranges et le jasmin.
avec ce cœur de feu, éclairé d’un faisceau d’amour,
avec ces bras de fer que personne n’a pu détruire.

Paroles : Marcela Bublik • musique : Raúl Garello
Traduction de Solange Bazely
Remerciements à Marcela Bublik et Denise Anne Clavilier



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