PETITE SUITE URUGUAYENNE: QUELQUES DONNEES DE PRESENTATION D'UN PAYS MECONNU


Rédigé le Vendredi 21 Mars 2014 | Lu 893 fois


Bon allez un petit saut de deux semaines en Uruguay.
L'occasion de multiplier en quelques épisodes disparates, quelques points de vue, et impressions, sur le tango uruguayen mais aussi les gens, leur vie, le contexte social, économique, culturel...




L’Uruguay on en parlait dans cette délicieusement acide chanson de Gainsbourg dans les années 70 : SS in Uruguay

Mais musicalement , l’Uruguay, c'est l’autre pays du tango, vous le savez quand même ?


Oui, parce que la Cumparsita  elle a été composée en Uruguay, Canaro était uruguayen, Donato idem, et Julio Sosa, et Donato Racciatti, et Nina Miranda, et Alfredo Gobbi et Campos, et Saborido... On a tendance à rattacher le tango à l’Argentine, alors qu’il est essentiellement rioplatense (il est en fait né simultanément à Buenos Aires, Rosario et Montevideo, trois cités portuaires du rio de la Plata). En fait au début de son existence, les deux capitales n’avaient pas un différentiel de population aussi important qu’aujourd’hui où il est de 1 à 8, et pouvaient apparaitre en concurrence. Mais voilà les Argentins ont pensé à le rentabiliser à fond ces dernières années et pas les Uruguayens.
Et puis, les traditions de murga et de candombé, ont toujours été plus vivaces à Montevideo qu’à Buenos Aires.
Donc, ça valait le coup d’y retourner un peu plus longtemps que les deux brefs allers-retours depuis Buenos Aires des années antérieures.
Ca tombait bien, il y avait une nouvelle édition du festival Tango en Punta à Punta del Este en cette fin février. Donc pas de remords à avoir, Aller retour Montevideo, sans passer par la case Buenos Aires cette année.

PETITE SUITE URUGUAYENNE: QUELQUES DONNEES DE PRESENTATION D'UN PAYS MECONNU

On va essayer de situer le pays pour ceux qui ne connaissent absolument pas :
Il se trouve sur la rive nord du Rio de la Plata, coincé entre le Brésil et l’Argentine . Le pays a du d’ailleurs batailler avec ces deux voisins pour que ceux-ci reconnaissent  son indépendance en 1828 et antérieurement à l’indépendance, son territoire a fait l’objet de dissensions territoriales entre Portugal et Espagne, cette dernière puissance s’étant imposée in fine grâce notamment à la fondation de Montevideo en 1726 à base Galiciens, Canariens et habitants de Buenos Aires. Son peuplement s’est complété comme l’Argentine d’une immigration massive d’Italiens, additionnée de quelques allemands, français, anglais, etc…
L’histoire du territoire a été quelque peu mouvementée :  dispute dès l’indépendance de l’Argentine et du Brésil pour le contrôle du territoire, annexion par le Brésil en 1821, guerre  d’indépendance dès 1825 Jusqu’en 1830. L’indépendance à peine proclamée, la décision d’annihiler les populations indigènes Charruas jugées inassimilables, est prise…  S’ensuit une guerre civile de 1839 à 1851, la participation à la terrible guerre contre le Paraguay de la Triple Alliance alliée au Brésil et à l’Argentine (1865-1870), avant que les choses ne se stabilisent et que le pays inaugure un développement économique qui le fera surnommer la « Suisse de l’Amérique » . Comme le voisin argentin, l’Uruguay connait une dictature fascisante (1933-1938), une période de stabilité et de développement économique dans les années 1940-50, avant de subir un interventionnisme politique suscité par les États Unis avant qu’une dictature ne s’installe en 1973 avec son lot de tortures et de répression jusqu’en 1985. Un retour difficile à une normalité démocratique, une crise monétaire carabinée au début des années 2000 constituent autant de parallèles avec le voisin argentin. En 2005 un président de gauche, Tabaré Vasquez, candidat du Frente Amplio  est élu pour la première fois.


L’élection suivante voit un autre candidat du meme parti, Pepe Mujica, un ex guerillero Tupamaro le remplacer. Un président atypique à forte personnalité comme beaucoup de pays pourraient en réver. Jetez un coup d'oeil sur ces deux liens: http://www.rfi.fr/ameriques/20130724-uruguay-pepe-mujica-president-plus-atypique-monde-cannabis-avortement-pauvre-guerillero/
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/07/17/jose-mujica-le-president-le-plus-pauvre-du-monde_3448484_3222.html
Voilà pour l’historique.
http://www.courrierinternational.com/article/2014/03/24/pepe-mujica-n-est-pas-qu-un-original


Quelques données chiffrées en vrac pour tracer un tableau rapide et quelque peu impressionniste autant qu’incomplet :
Population totale 3.3 millions d’habitants dont 1,3 rien qu’à Montevideo.
Taux de natalité : 14,4%, espérance de vie : 75 ans
Cours du peso uruguayen : 0.3 €  Inflation entre 8 et 10 % aujourd’hui. Son évolution a été mouvementée 4,4% en 2001, 19,4% en 2003, 4,9% en 2005
Croissance PIB : 8,5% (2010)
Répartition du PIB : agriculture 9,3%, industrie 22,8%, services 67,9%
4 vaches par habitant !
Principaux partenaires commerciaux sont le Brésil (21 % des exportations et 21 % des importations), l'Argentine (7 %/26 %). Puis suivent l'Allemagne et les États-Unis (11 %/7 %) ainsi que depuis peu la Chine.
La viande, le poisson (normal 660 km de cotes, quasiment autant de plages) , le riz ainsi que le textile sont les principaux produits d'exportation.
L'Uruguay importe des produits alimentaires, des produits chimiques et pharmaceutiques, des matériaux de construction, des matières plastiques et des résines synthétiques, ainsi que des équipements de transport qui lui font défaut.
Population sous le seuil de pauvreté :  13,7% (Argentine 30%). Il reste donc un gros effort à faire.
Le Chômage: il est passé de 7,4% en 2010 à 5,6% en 2012
En même temps, le pays est le principal centre financier de la région du fait de sa politique de liberté totale envers les capitaux. Classé dans la liste des paradis fiscaux, il  a fait quelques efforts et en est sorti en 2009. Près de 18 % des dépôts appartiendraient à des non-résidents, soit 2 500 millions de dollars, appartenant pour la plupart à des Argentins . On se rappelle que le politicien véreux , Jacques Médecin, ex maire de Nice, s’était enfui à Punta del Este où il avait planqué sa fortune bien mal acquise.
Enfin le tourisme ; pas forcément aussi développé qu’il pourrait l’être, est un élément important de la balance commerciale. La ville de Punta del Este  a été développée à cet effet, par exemple.


Voilà, amis lecteurs, ce que l’on peut savoir de l’Uruguay avant d’y mettre les pieds. Les chiffres et l’histoire donnent un éclairage. Reste à voir comment tout ça se traduit dans la réalité, c’est-à-dire dans la rue, le comportement des gens, les prix, ce que les habitants disent d’eux, des autres, les modes d’expression culturels etc… Ce sera entre autres,  l’objet des épisodes suivants. Et bien entendu, on y parlera du tango. Mais comme disait l'autre, la superstructure ne peut s'expliquer que par l'infrastructure. Traduit en clair pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec les grilles d'analyse marxiste, un phénomène politique et a fortiori culturel n'a pas d'existence autonome par rapport aux structures économiques qui le sous tendent.