NOUVEAU MELINGO: LINYERA


Rédigé le Samedi 17 Mai 2014 | Lu 1018 fois



Un nouveau Melingo est sorti. Les lecteurs déjà anciens de Tout Tango ne manqueront pas de  se rappeller des chroniques antérieures que j'avais déjà pondu dans ces colonnes en expliquant tout le bien que j'en pensais.
Daniel Melingo est devenu un personnage institutionnel du tango. Deux mots: "personnage" et "institutionnel" qui définissent la problématique qui est la sienne artistiquement aujourd'hui. Le personnage, c'est un sourcil broussailleux, le regard narquois et ténébreux, des textes sarcastisques, un affichage de décalage assumé, un phrasé ricanant et quelquefois parodique. L'institutionnel, c'est le coté programmé sur France Inter, la permanence de la présence sur la scène musicale française (au moins) avec succès depuis au moins 10 ans. Ca crée une tension et une exigence latente chaque fois plus difficile à résoudre. Que faire? Bisser une formule qui marche en s'auto-parodiant? Ca peut lasser. Partir pour explorer de nouvelles voies musicales? C'est le risque de ne pas etre suivi. Une problématique, soit dit en passant qui se pose à tout créateur qui a un peu d'ancienneté dans le métier.
La formule qui marche pour Melingo c'est simple: guitare avec arrastre, vibrato rauque sur la fin de chaque phrase, comme un ricanement réfréné, quelques petits sons rigolos pour égayer (la scie musicale par exemple) et donner une petite couleur. On se débrouille pour qu'il y ait un tempo qui va bien et soit globalement dansable. Normalement dans tout ça, il y a un tube qui fera le buzz. Mais à force c'est prévisible et on vit dans une société qui privilégie le zapping.
Autre possibilité, radicalement différente: on rompt avec l'existant et on part dans une voie expérimentale (recherche sonore, changement de sons, rythmiques différentes, essai de nouveaux phrasés, sortie du format de durée classique d'une chanson, etc). Au risque de se planter, de finir dans des impasses, d'être rejeté, de focaliser tellement sur la recherche qu'on n'est plus dans l'efficacité. Un parie noble mais à hauts risques donc
L'album précédent essayait déjà de se positionner en partie sur la deuxième option tout en conservant l'essentiel. D'une certaine façon, celui ci est dans la continuité tout en appuyant un peu plus sur la deuxième voie.
Alors ça marche? Hum, c'est au moment que se pose cette question que je m'avoue un peu embêté et franchement partagé.
Donc, j'extrais directement les titres qui me semblent intéressants.

"La cancion del linyera" (voir video): petite intro de clarinette guillerette, une rythmique qui, je ne sais pourquoi, me fait penser à celle des musiques italiennes (entre jazz et rock de la fin des années 50 et des années 60).
"Carrapatea" : tango style Melingo classique incluant un petit pont avec piano jazz en toile de fond.
"Televidente de la vida": thème bien classique, vaguement parodique et fanfare à la Nino Rota en apothéose
"Candonga": un instrumental en forme de candombé ralenti.

Pour le reste, la maison de disque  nous présente le disque ainsi: "une bande son interlope, un monde de miroirs et de clair-obscurs où le temps serait suspendu. Romances décalées parsemées d'éclats de blues et de vieux tangos, histoires de vagabonds émaillés de bribes  de bossa et de candombé, refrains habillés d'ambiances qui évoquent parfois Duke ou Zappa, il nous plonge dans un univers surréaliste".
Bon, on a au moins ici la déclaration d'intention.
Pour le résultat, on donnera une mention passable au thème "la Maceta" vaguement Tom waitsien avec chouettes guitares, mais, bof, le phrasé laisse à désirer. "Despuès de pasar", une bossa, endort un tantinet, "Soneto para Daniel Reguera"  démarre avec une intro longue et limite chiante, "que sera de ti" commence bien puis s'étire dans un mélange de chant foireux et de violons façon musique de chambre étirés et sirupeux. Le chant a tendance souvent à hésiter à trouver un phrasé adapté pour poser la voix, et les titres vont jusqu'à tirer dans les 5 ou 6 minutes en nous laissant  un petit soupçon de remplissage. Pour certains le format de durée est assez classique (genre 3 min 30) mais on a l'impression qu'ils en font plus. Bref on s'emmerde un peu.
Pourtant une volonté de recherche sonore est indéniable, notamment sur les guitares, et c'est d'autant plus râlant qu'on pense qu'avec un plus gros effort de synthétisation, on aurait pu avoir des choses plus convaincantes.
Bref, à mon avis c'est un album à moitié raté, ou à moitié réussi (selon qu'on aie comme attitude dans la vie de penser que le verre est plutôt  à moitié vide ou  plutôt à moitié plein). On gardera toutefois en mémoire que contrairement à ce qui se passe dans l'édition musicale en général, Melingo doit être crédité d'avoir eu le courage de se remettre en question et d'avoir pris des risques artistiques. Ce n'est pas si courant, notamment dans le milieu du tango. On lui souhaite donc de réussir pleinement l'exercice au prochain.



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