Miguel Caló, un chef étoile


Rédigé le Mardi 10 Juin 2008 | Lu 664 fois


Si l’importance d’un chef d’orchestre se mesure à l’aune des musiciens prestigieux qui ont travaillé avec lui, alors Miguel Caló est sans conteste dans le Top Ten du tango ! La liste est impressionnante, tout autant que l’œuvre discographique qu’il laisse et qui est aujourd’hui incontournable dans toute milonga qui se respecte. Pourtant le tanguero de base le connaît moins que d’autres alors que son œuvre est tout aussi fondamentale.


Miguel Caló au bandonéon
Miguel Caló au bandonéon
Miguel Caló est né à Buenos Aires dans le quartier de Balvanera en 1907. Il commence à apprendre le violon pour passer à 15 ans au bandonéon. Comme beaucoup de musiciens de son époque, il travaille dans l'accompagnement des films muets dans les salles de cinéma (1925), intègre l'orchestre de Fresedo l'année suivante (cette expérience l'influencera au niveau du style), puis celui de Pracánico comme directeur d'orchestre avant de monter brièvement sa propre formation en 1929 qu'il abandonne avant de partir en tournée avec Cátulo Castillo, qu'il remontera en 1930, et repartira jouer avec Fresedo en 1931. En 1932, l'orchestre qu'il remet sur pied avec déjà des compositions de son cru dont « Milonga porteña », a un style marqué par celui de Fresedo et un son proche de Di Sarli. L'orchestre compte alors dans ses rangs Miguel Nijensohn au piano. Comme Biagi avec D'Arienzo, Nijensohn laisse une marque indélébile. Le piano aura la responsabilité du lien entre les phrases musicales, lesquelles ont toujours une pulsation parfaitement adaptée à la danse. Toute la période 34-39 sera marquée par la participation de Carlos Dante au chant, et dans une moindre mesure celle d'Alberto Morel et de son frère Roberto Caló.

Le début des années 40 annonce incontestablement la maturité et l'explosion du talent de ce grand directeur d'orchestre capable d'attirer à sa formation un nombre sidérant de musiciens de grand talent, lesquels monteront d'ailleurs tous leur formation ultérieurement. : Domingo Federico, Armando Pontier, Carlos Lazzari, Eduardo Rovira, Julián Plaza, José Cambareri (bandonéons), Enrique Francini, Osmar Maderna (pianiste lequel a été remplacé par Nijensohn lorsque celui-ci est revenu dans l'orchestre).
Le style de l'orchestre à ce moment-là, relie le traditionnel tango de bal et les innovations sonores de l'époque, marqué par des violons prépondérants, une section de bandonéons dans un role très rythmique et des parties de piano très brillantes.

Indépendamment des musiciens, Miguel Caló a su s'adjoindre les services de chanteurs de tout premier plan tels que Raúl Berón (découvert par Armando Pontier), Alberto Podestá et Raúl Iriarte.

Inévitablement l'addition de tant de personnalités brillantes dans le même orchestre ne pouvait durer, car chacun s'en fut suivre son propre chemin en 1945. S'étant tous fait un nom par la suite, ceci expliqua qu'on ait surnommé l'orchestre de Caló, « la orquesta de las estrellas », l'orchestre des étoiles…    après l'avoir surnommé un temps « l'orchestre des compositeurs » !
Si d'autres très bonnes formations lui succédèrent, aucune n'égala celle de cette période mythique des années 1939-45.

En 1961 la formation qu'il remania, avec Armando Pontier et Domingo Federico au bandonéon, Enrique Francini et Hugo Baralis, le pianiste Orlando Tripodi, Raul Berón et Alberto Podestá au chant, tous membres de la fomation des années 40, a un petit parfum de reconstitution de ligue dissoute. Cet orchestre a joué sur Radio Mundo avec un succès d'écoute tel qu'il a enregistré sur le label Odeon 12 nouveaux titres en 1963.

L'orchestre de Caló laisse le souvenir d'une formation capable de combiner une dansabilité absolue avec des arrangements travaillés et des chanteurs à la forte personnalité par-dessus le marché. Une alchimie de haute précision qui faisait que toute chanson connue choisie par Caló sonnait différemment. La comparaison avec les mêmes thèmes enregistrés par Ricardo Tanturi est un exercice intéressant à cet égard…
Programmer Caló en milonga est un exercice assez aisé. Tous ses titres sont pensés pour la danse, quelque soit leur sophistication par ailleurs. L'avantage c'est qu'aucun chanteur employé n'est pâle en interprétation sans pour autant voler la vedette aux autres instruments ou déformer la pulsation.
Le chanteur le plus intéressant s'avère sans conteste Raul Berón, un velours pour l'oreille sans intonations parodiques. Berón apporte à l'orchestre un timbre de voix particulier avec un léger trémolo qui n'appartient qu'à lui. On n'a jamais l'impression qu'il « pousse le volume » comme tant de chanteurs de tango et c'est peut-être ce qui lui confère une dimension intimiste et classieuse s'incorporant bien avec les autres instruments.
Alberto Podestá qui s'illustra avec Di Sarli viendrait en second ou peut être selon certains, ex aequo avec Raul Iriarte. Toutefois, bien que postérieure à la collaboration avec Berón le son des enregistrements avec Iriarte me semble de moins bonne qualité, à moins que ce soit le timbre de voix ou la technique de chant qui soit un peu plus datée.

On le répète : Caló est une valeur sûre à programmer en milonga. Il excelle dans le tempo médium, avec une pulsation toujours très identifiable (donc point décourageante pour des débutants) et offre l'avantage de pouvoir se caser presque à n'importe quel moment. Il est également adapté presque tout public. Les thuriféraires des classiques années 40 et du style fermé peuvent s'y identifier sans problème, et les danseurs en recherche de modernité l'accepteront sans réserve non plus, grâce à la qualité de ses arrangements et de sa sophistication. Avec Di Sarli et peut-être Fresedo, il est sans doute un des rares orchestres suffisamment universels pour être tout public.
Eric Schmitt

Des tangos de qualité pour se monter une jolie petite tanda ne manquent pas dans la discographie de Caló. La sélection est forcément arbitraire, mais il faut bien se limiter…
Percal (avec Podestá)
Al compas del Corazón (avec Berón), le carton absolu !
Trasnochando (avec Berón)
Que te importa que te llore (avec Berón)
Sans souci (écrit par Delfino, instrumental, un must d'arrangements)
Saludos (écrit par Domingo Federico)

Ce serait toutefois dommage d'oublier que Caló a enregistré des valses d'une facture impeccable avec un rythme imparable et aussi une qualité sonore plutot élevée :
Bajo un cielo de estrellas, Pedacito de cielo (avec Podestá, puissant et excellent au chant), Flor de Lino (avec Iriarte) El vals soñador (avec Berón)…


Discographie

Collection El Bandoneon – yo soy el tango
Collection Reliquias (avant 1945 )
EMI 837413 Al compás del corazón - 20 morceaux avec Raúl Berón. S'il n'en faut qu'un…  
EMI 499969 Sus éxitos con Podestá, Ortíz y Berón - excellent album avec l'orchestre des étoiles
EMI 495362 Sus éxitos con Raúl Iriarte – à cheval sur la période charnière de 1945
EMI 499970 Sus éxitos con Raúl Iriarte vol.2 – je préfèrerais celui-ci au précédent
EMI 499971 Sus éxitos con Roberto Arrieta
EMI 473885 Recordando Viejas Temas -
EMI 379177 Después de Las Estrellas  - après la période des étoiles. De bonnes choses mais un peu inégal

Miguel Calo y sus cantores (Beron, Dante, Iriarte, Mancini, Ortiz , Podesta ) Label: EuroRecords
(Sortie toute récente)

Deux orchestres dans la filiation de Calo

Hier : Domingo Federico - Saludos 1944-1949
Federico est un bandonéoniste inspiré et solide. Pour mémoire il est le compositeur de « al compas del corazon », « Percal » « yo soy el tango », « tristezas de la calle Corrientes » et surtout Saludos, écrit en à peine 15 minutes… Il a fondé la première académie de  bandonéon du monde, à Rosario. Son orchestre a enregistré des thèmes de grande qualité au son plutôt clair et qui peuvent constituer une solution élégante pour un DJ qui souhaiterait sortir un peu des sentiers battus de la programmation années 40.

Aujourd'hui : Orquesta tipica Sans Souci – al estilo del 40
Tous les orchestres modernes ne marchent pas que sur les traces de Pugliese ou Di Sarli ! A preuve ce CD gravé depuis 5 ans avec le toujours pittoresque Chino  (de la Fernandez Fierro) au chant. Prise de son moderne. Maîtrise instrumentale. Ceux-à maîtrisent bien l'exécution de ce répertoire plus que largement emprunté à Calo, comme leur nom l'indique déjà.



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