Michael Gneist, violoniste


Rédigé le Mercredi 3 Septembre 2008 | Lu 2530 fois


Michael Gneist violoniste bien connu des tangueros sévit depuis un certain temps déjà dans le monde du tango dans différents orchestres. Calme, posé, le sourire et la gentillesse toujours présents, on l’aperçoit à maints endroits, toujours discret et concentré derrière son violon, A l’occasion de la création d’un nouveau groupe musical, La Strapata, nous avons voulu en savoir plus.


Michael Gneist, violoniste

PTG : Peux-tu nous tracer rapidement ton parcours musical?
Comme presque tous les violonistes européens qui se sont approchés du tango, je viens de la musique classique. C’est grâce au guitariste Gustavo Gancedo que j’ai pu trouver ma place dans le circuit tanguero. Il m‘a invité en 1998 dans son septet de tango, une formation originale qui a eu une intense activité pendant quelques années. L’excellent CD « Para Ustedes » en témoigne. Parallèlement j’ai commencé à jouer dans d’autres formations, par curiosité, pour découvrir d’autres façons de jouer et pour apprendre le tango plus ancien ; mais c’est aussi dans la logique du métier du musicien en « free lance » de suivre plusieurs projets au même temps. Un seul projet est rarement suffisant et constructif… à la longue, ni au niveau de l’intérêt artistique, ni dans sa position sur le marché.

PTG : Quels sont tes projets immédiats ?
Les projets qui m’occupent le plus actuellement sont le Quartet de Gancedo, le Quartet Trosman-Maguna, le Quartet El Arrastre, et évidemment le lancement du nouvel orchestre La Strapata.

PTG : Pourquoi créer un nouvel orchestre?
Avec quelques amis musiciens, argentins et européens, nous avons eu envie de jouer en formation « typique ». Ce n’est pas pour remplacer nos quartets et quintets, mais plutôt pour enrichir notre palette avec une formation plus orchestrale. Nous avons choisi un répertoire assez large et réarrangé quelques-uns de nos tangos préférés de l’époque d’or, mais nous jouons évidemment aussi des compositions nouvelles, de Gustavo Gancedo par exemple.
Avertissement aux danseurs : C’est du « tango dansable »…

PTG : Justement, le terme tango « dansable » est souvent employé par les danseurs, a-t-il une signification pour les musiciens ?
Pour les musiciens, le terme « dansable » est assez problématique, sa connotation est plutôt négative. Entre nous, on l’utilise parfois comme un synonyme de tango standardisé, figé, réduit à la marcation.
Pour le danseur c’est l’inverse, Il appelle un tango « dansable » un tango qui l’inspire et lui donne envie de se lever de son fauteuil. Dansable veut dire en général « bien rythmé » et compréhensible pour le danseur.
Du point de vue musical, c’est difficile de donner une explication simple de ce qui est dansable. Ça dépend énormément du goût de chacun, il y en a qui préfèrent danser sur des tangos bien rythmés, d’autres sur des tangos langoureux avec de belles mélodies. Certains, connaissant bien la musique, peuvent même être à l’aise sur des arrangements très évolués.
Mais le musicien est toutefois capable d’analyser facilement les éléments qui compliquent l’écoute pour les danseurs et qui font classer les morceaux du côté « non dansable » (chez les DJs par exemple)…  C’est pour cela que nous dosons avec précaution ces paramètres quand nous constituons un répertoire pour le bal.
Voilà quelques exemples basiques :
- Une évolution irrégulière du tempo
- L’absence de la marcation
- Des rythmes syncopés ou en 3 3 2
- Des orchestrations surchargées où l’oreille se perd.

PTG : Et quand les tangueros dansent sur des musiques « NON-TANGO » quel est votre sentiment ?
Du point de vue musical, tout rythme binaire au tempo de la marche humaine se prête à priori à danser le tango. C’est une histoire de goût, et souvent une recherche de nouvelles sensations pour les danseurs concernés.
Il y en a même certains qui n’ont pas besoin de rythme binaire : Ils dansent leur tempo personnel sur n’importe quel fond sonore, que ce soit du Biagi ou Tom Waits.
La danse tango n’a pas besoin de la musique tango… Mais l’inverse non plus….!!!
… On apprécie cependant lorsque les danseurs font l’effort de bien nous écouter pour être en harmonie avec la musique.

PTG : Vers quelle démarche vous orientez-vous aujourd’hui ?
Dans les ensembles de tango où je joue, nous sommes plutôt dans une démarche constructive, on adore l’unité du style, les liens avec les grands qui ont créé et fait évoluer ce genre musical.
Aujourd'hui il reste encore un vaste espace pour la créativité. Nul besoin de tout casser !

Propos recueillis par Lalie Marion
Paris Tango Guide, avril 2008




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