Livres


Rédigé le Mardi 10 Juin 2008 | Lu 155 fois



Les lieux du tango dansé dans le Buenos Aires d'aujourd'hui
de Gabrielle Foy
Editions l'Harmattan
ISBN 978-2-296-04602-3

Autant le dire tout de suite : cet ouvrage n'est pas sans certains tics et défauts, lesquels s'avèrent parfois irritants. Rédigé en 2005, il a manifestement manqué d'une vraie relecture et mise à jour.
C'est ainsi que ne sont même pas mentionnés des lieux d'une certaine importance sur la scène portègne comme Villa Malcolm ou la Práctica X, que certains couples cités ne travaillent plus ensemble, par exemple, que le cours de change et les tarifs des milongas ont évolué. Une vraie relecture aurait permis d'exonérer ce bouquin de nombre de fautes d'orthographe (je sais, c'est peut- être vieux jeu, mais quand même pour une étude qui se veut sérieuse !). Egalement fastidieux les notes de bas de page qui reprennent les textes originaux d'interviews ou d'articles en castillan, lesquels ont été traduits et repris in extenso dans le corps du texte (ce qui laisse cependant au lecteur chatouilleux la possibilité de vérifier la source et la traduction, même si ce genre de pratique est plutôt le fait d'études universitaires).Un bémol aussi pour le choix du titre qui n'annonce qu'une partie de son contenu donc ne s'avère pas si pertinent que ça.

Ceci étant posé, l'ouvrage ne mérite pas pour autant un autodafé et je lui trouve un certain nombre de vertus. Son découpage est assez bien vu, et sans être d'une audace renversante, les observations qui y sont consignées ne manquent pas de pertinence.
On a quelquefois (pas tout le temps) un aspect catalogue et passage en revue, mais il est clair que l'auteur s'est attaché à saisir la diversité du tango dans tous ses états (les styles, les lieux, les pratiques culturelles) à l'heure où tant de gens prétendent réduire "le vrai tango de Buenos Aires" à une chapelle de styles ou une liste limitative de lieux, en occultant les tenants et aboutissants culturels, sociaux… ou économiques.

On retiendra notamment le listing des différents styles historiques qu'on a ici tendance à réduire à une dualité "milonguero/ nuevo" (deux termes marketing qui ont simplement eu du succès…), la question de l'académisation des pas dans la problématique de l'enseignement. Idem pour l'observation de la diversité des lieux d'existence du tango qui ne se résume pas qu'aux milongas mais se déclinet au-delà, dans les académies, salons d'entraînement, centres culturels, lieu de pratiques, salons "modernes et informels", espaces publics, café concerts, cena-shows… C'est probablement cette diversité qui a permis la survie et le développement actuel du tango. Idem, l'impasse n'a pas été faite sur le microcosme social, les attentes, motivations, rapports sociaux qui sous-tendent cette danse-là, non plus d'ailleurs que sur l'aspect économique de l'affaire, et notamment la gestion du tourisme tanguero.

Donc sûrement pas un guide touristique comme le titre le suggère. Le public qui y trouvera un certain intérêt sera celui des néophytes complets sur le sujet ; mais de nombreux pratiquants, disons réguliers, qui n'ont jamais trop fait l'effort de lire sur le sujet ou se sont limités au seul circuit des milongas du centre ville y trouveront matière à une mise en perspective salutaire, celle-ci n'étant après tout pas si universellement répandue dans le milieu du tango en France.

Eric Schmitt

Tournants dangereux 2
De Maitena
Editions Metailié
ISBN 978-2-86424—633-6

Dans un précédent numéro de Tout Tango, j'avais déjà dit le bien que je pensais de Maitena. Et donc, je récidive pour ce second tome de "Tournants dangereux". Pour ceux qui ne le savent pas, c'est de la BD, donc, dessin  + texte. Je récidive par la même occasion dans la réfutation du raccourci qui voudrait que Maitena=Brétecher. Chez Maitena, le trait est plus précis et le propos plus universel même (surtout) s'il est féminin.  On trouvera matière à se réjouir de ces petites saynètes bien observées qui ne cherchent pas à péter plus haut que… mais simplement à nous divertir. Allez, quelques exemples : "Quelques trucs qu'on n'apprend jamais : sauvegarder tous nos fichiers, emporter le minimum en voyage, reconnaître que les cheveux courts nous rajeunissent, et que ressortir avec un ex, c'est de la nécrophilie".

"Plus difficile que de ne rien faire, l'angoisse du dimanche après midi : Elle - Et il n'est que 5 heures. Encore une heure et je me suicide ; pas toi ? Lui - Et pourquoi tu crois qu'on a inventé le foot ?".
Documentez-vous aussi dans ce bouquin léger comme des bulles de champagne sur "les quelques raisons valables qu'un monsieur de 50 ans se cherche une femme de 40 plutôt que de 20", "ce que ne doit jamais faire un raconteur de blague" ou sur "les symptômes qui nous révèlent que notre fils adolescent est amoureux".

Finalement, en Argentine, ils ne font pas que du tango, et ils ont exactement les mêmes préoccupations existentielles que nous…

Eric Schmitt


Cinq siècles d'un mythe réinventé
De Michel Bolasell
Editions Trabucaire
www.trabucaire.com
ISBN 978-2-84974-051-4

Un très bon livre qui intéressera tous les amateurs de tango et les amoureux de Buenos Aires.
En effet, Michel Bolasell écrivain et journaliste (né à Perpignan) réussit admirablement à emmener le lecteur à travers l'histoire de Buenos Aires dans un voyage à la fois bien réel et cependant poétique.
Pour ceux qui connaissent cette ville, ils refont d'une autre manière le parcours avec lui, se reconnaissent toutefois dans ses émotions, se laissant encore une fois surprendre par les quartiers, les habitants, et l'atmosphère si particulière.

Petit à petit au fil des pages, on entre dans l'univers et la complexité d'une ville et de ses habitants. S'appuyant sur une approche bien documentée, l'écrivain garde cependant un ton et une analyse très personnels pendant tout le récit. L'intérêt et la curiosité du lecteur restent toujours éveillés par la manière qu'il a d'analyser, d'éclairer l'histoire à partir d'un fait particulier, un moment historique ou bien d'approcher, de cerner la complexité d'une ville et des citadins qui l'habitent à travers les quelques portraits de célèbres personnages mythiques comme, Borges, Gardel, Peron, Che Guevara, Evita, Maradona entre autres.

On entre dans Buenos aires, on ressent Buenos Aires, on s'imprègne de Buenos Aires et on a envie de la découvrir ...ou d'y retourner.

Lalie Marion

POESIE

Après Acho Estol, découvrons Raimundo Rosales qui a écrit ce tango 'Tango y Mugre" en 2002, suite à la crise économique de 2001 qui laissa tant de gens sur le carreau, sans toit, ni illusion. Il recherche une poésie plus directe et crue, derrière laquelle on ne se cache plus, seule chance de reconstruire, sans oublier les faits passés. Avec ceux qui quittent le pays, et ceux qui y restent.

C'est la chanteuse Jacqueline Sigaut qui lui a demandé d'écrire pour son album "Aqui y ahora ". Ce texte lui plut et José Teixido, pianiste, guitariste et arrangeur de l'album, en a composé la musique. Ce fut le premier tango d'une série d'autres collaborations.

Tango et crasse*

Je veux un tango qui raconte notre histoire
Sans le stupide masque du réconfort
Sans misères sous le tapis
Ni cette voix dans l'ombre
de rituelle lamentation.

Je veux un tango avec une autre poésie,
Qui se mêle aux fragiles échecs,
qui me parle d'enfers et d'abîmes,
poésie sans lyrisme,
impitoyable et fatale.

(Refrain)
Un tango qui explose
se vautrant dans la crasse,
qui me parle de la faim
d'un temps qui se morfond.

Des gens sans rien
qui dorment sur le trottoir,
des rêves qui s'envolent
et des rêves qui restent.

De colère sur les places,
mémoire dans les blessures,
d'histoire qui appelle
et s'intègre à la vie.

Un tango de paroles indiscrètes
Tempête dans le sourire à venir.

Comment faire de nouveaux tangos maintenant
où nous avons tous perdu l'innocence ?
Comment trouver cette mélodie juste,
cette indomptable poésie qui se grave dans la peau ?

Je veux un tango insolent et amoureux
Avec des mots qui fixent dans les yeux,
cent questions et aucune réponse
et la douleur qui nous reste comme le vers le plus cruel.


Paroles: Raimundo Rosales
Musique: José Teixidó
http://www.myspace.com/raimundorosales

* le mot mugre a ce double sens de saleté, de crasse mais aussi dans l'argot tanguero, la mugre est cette façon de jouer le tango qui n'est pas écrite sur la partition, qui ne s'enseigne pas mais qui est l'identité même du tango, ce côté râpeux et pas "propre", justement.

Solange Bazely




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