Les parents Canarozzo étaient des italiens venus chercher fortune en Amérique, en l’occurrence ici en Uruguay. C’est sans doute les origines modestes de cet homme qui feront que toute sa vie, il travaillera sans relâche amassant une véritable fortune. Sa discographie est la plus importante de toute l’histoire du tango et sans doute de l’histoire de la musique en général : près de 4000 enregistrements.
Canaro, c’est d’abord un autodidacte doublé d’une grande capacité à innover. C’est ensuite un travailleur acharné qui dans l’action créative devient un entrepreneur à l’efficacité redoutable. Il connut rapidement un immense succès populaire. Un succès qui se maintiendra jusqu’à sa mort… et encore aujourd’hui car il nous laisse des centaines de standards merveilleux.
- Il est l’inventeur du style « Guardia Vieja » aux rythmes bien marqués, aux mélodies simples et agréables à danser. Un style quelque part en connexion avec ces légendes de la première heure que sont Villoldo, Greco, Esposito, Bernstein, Firpo … ces légendes avec qui il jouait dès 1906 dans les cafés et les bordels de la Boca. Pirincho s’adresse aux couches populaires autrement dit au plus grand nombre. Il se danse « à l’ancienne », dans un esprit canaille, un esprit de danse interdite, presque en cachette, comme si dans ce lieu mal famé, une bagarre au couteau pouvait éclater à tout moment avant que la police n’intervienne.
- Le tango lui doit d’avoir formalisé le style milongua, d’avoir inventé avec Greco « L’orquesta Tipica », d’avoir introduit la contrebasse puis enfin d’avoir ouvert l’orchestre aux chanteurs et aux chanteuses venant interpréter un bref couplet.
- Plus tard, le succès et la fortune venue, Canaro deviendra un ambassadeur du tango dans le monde ; aux états unis, en Espagne, en France et au Japon. Ses voyages sont évoqués dans divers tangos comme : « Canaro en Paris » et « Canaro en Cordoba ».
- Canaro fera du cinéma risquant d’y perdre sa fortune ; du théâtre aussi où il renflouera sa fortune.
- En homme d’affaire avisé qu’il était, Canaro créera la SADAIC, un équivalent de la SACEM française afin de défendre dès 1920 les intérêts des auteurs compositeurs Argentins.
Il publie ses mémoires en 1956 et s’éteint à Buenos Aires en 1964 alors que le tango de bal entrait dans une phase de déclin.
Ah ! Mais je ne vous ai pas indiqué les deux titres prémonitoires que chanta Ada Falcon en 1942 lors de son retour éclair, après 4 années de silence et juste avant de se retirer à tout jamais. Les deux derniers titres qu’elle nous laisse sont respectivement « Corazon Encadenado » (Cœurs enchaînés) et « Vivire con tu Recuerdo ». (Je vivrais avec ton souvenir). Quelle expression déchirante dans sa voix en comparaison des tangos chantés 10 ans plus tôt! Surtout dans « Corazon Encadenado » ! Une voix devenue grave, un sanglot poignant qu’elle arrache de ses trippes. On peut y entendre la rage, la souffrance et le renoncement déterminé d’une femme amoureuse. Aída Elsa Ada Falcone s’est éteinte en janvier 2002 dans sa 97ième année.
Jean MINICILLI
Lille - Décembre 2009
Sources :
N° 41 de la revue LA SALIDA (à prescrire sans modération)
Le site : http://www.samytango.com/samytango/site_new/Bio_%20canaro_30.htm
Le site : http://tangoteca.lagrana.net/artistes/0015/
Le site : http://pythia.uoregon.edu/~llynch/Tango-L/2001/msg01160.html
Le site : http://www.todotango.com