Les enjeux de la complexité du tango (2)


Rédigé le Lundi 29 Septembre 2008 | Lu 1779 fois



Les enjeux de la complexité du tango (2)
L’écoute est la partie délicate du modèle, elle regroupe tout ce qui transforme les sensations et les informations fournies par l’intelligence en émotion que le danseur exprimera ensuite, c’est ici qu’intervient la culture dans le processus.
Les ressources corps, intelligence et inconscient « ne sont pas dans la boucle »,  car elles ne sont pas modifiées à court terme par l’acte de danser 2. Néanmoins, elles sont mises à contribution dans le processus de la danse où elle peuvent jouer les trublions : un corps qui refuse de bouger, un cerveau qui pense trop, un inconscient trop réticent.

Comprendre la qualité d’un danseur
La danse produite par le danseur est à la fois un mouvement et une expression, un bon danseur saura modifier son mouvement pour améliorer son expression. L’expression différencie la danse du sport ou de toute autre activité utilisant les mouvements du corps, et c’est pour cette raison qu’il n’est pas possible de danser correctement sans « donner », en fait, sans exprimer d’émotion.
Dans cette approche systémique, la danse est le résultat d’un ajustement permanent de la part du danseur. Nous considérerons que le contrôle de la danse repose sur les sensations : le danseur gère sa danse pour diminuer l’écart entre les sensations qu’il perçoit en provenance de son mouvement et les sensations qu’il « espère » percevoir en fonction de l’émotion qu’il ressent et qu’il vient d’exprimer dans son mouvement.
Cette notion d’espérance traduit ici les expressions « la musique me fait penser à.. » et « mon esprit s’évade » qui signifient « mon esprit construit quelque chose qui s’appuie sur la musique ». La construction n’étant pas immédiate, le temps intervient dans sa formulation, c’est ce temps qui est désigné ici par le terme « espérance », un terme plus technique serait « prévision », si le calcul intervenait dans la danse.
L’aptitude de la personne à exprimer son émotion dans son mouvement est directement liée à sa capacité de contrôle de cet écart de sensations : dans le cas idéal où il n’y a aucun écart, le danseur a le sentiment de danser parfaitement et de ne plus être sur terre.

Nécessité d’un regard différent
Ce modèle de la danse ne fait pas intervenir de norme externe : un danseur est bon et sera perçu comme tel par le public parce qu’il s’exprime dans sa danse et non parce qu’il est capable de performances gestuelles précalibrées. Néanmoins, le modèle permet également d’expliquer comment le danseur respecte l’intention du chorégraphe ou comment le danseur de tango en respecte les fondamentaux : par le biais du contrôle des sensations.
En effet, le contrôle de la danse repose sur les sensations, or tous nos sens sont soumis à des illusions sensorielles y compris la vue en qui nous avons tant confiance, comme le montre la Figure 3 :
Figure 3 : exemple d’illusion sensorielle : les carré A et B sont de la même couleur. Regarder l’image à l’envers en vision périphérique permet de corriger l’illusion.
Il est donc fort probable que des danseurs dansent parfaitement en accord avec leurs émotions et pourtant ne dansent pas ce qu’ils souhaiteraient danser… D’où l’importance d’un regard externe (vidéo, enseignant, chorégraphe) permettant de « calibrer » ses sensations sur le mouvement espéré, avec le risque de confondre recherche du mouvement juste et respect de normes externes.


En résumé, dans cette modélisation, danser consiste à faire varier ou à ajuster un mouvement, un niveau de sensation, un niveau d’émotion et une expression de manière cohérente en fonction de l’environnement, du corps, de l’intelligence et de l’inconscient de la personne. La cohérence de la danse est assurée par le retour d’information sur le mouvement dans l’émotion via les sensations et le mécanisme d’écoute.



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