L’ETREINTE EST ELLE UN RAPPORT SADO-MASO ?


Rédigé le Samedi 18 Janvier 2014 | Lu 3166 fois


Oui, bon l’étreinte, vous voyez ? L’abrazo si vous préférez. Celui dont on dit qu’il est le cœur du réacteur du tango et qu’il en raconte beaucoup sur le partenaire…
Bon, alors, justement à cause de l’abrazo, une invention récente dans le monde occidental (c’est venu avec la valse en 1815), sans parler du reste du monde, par laquelle un homme pouvait prendre une femme inconnue dans ses bras, certains y voient, près de deux ans plus tard, une symbolique vaguement similaire au rapport sexuel ou affectif. Consciemment ou pas.
Et voilà, dans la panoplie des relations sexuelles ou affectives, il y en a pour tous les gouts. L’abrazo n’échappe pas à la règle. Et le sado maso fait partie de la panoplie.



Je vous imagine d’ici :  « c’est un peu fumeux comme théorie, non ? On voit pas bien de quoi il veut parler ».  Qu’à cela ne tienne, de l’illustration concrète, vous allez en avoir.  Attention, on ne parle pas de pratiques  fétichistes, pour lequel le talon aiguille de 8,5 cm peut s’avérer une invitation latente (sans parler des rituels pantalons à rayures et pompes bicolores des messieurs sans lequels il semblerait impossible de danser une tanda).  Non, des rapports sado-maso à base de domination et de souffrance infligée et reçue sous prétexte d’esthétisme.

Tout d’abord, le sado dans l’histoire, on s’attend à ce que ce soit l’homme.  Forcément, c’est un mec, et il peut avoir dans la tête que puisqu’il guide, c’est lui le dominateur.  Fort logiquement, le danseur tendance sado  peut être tenté d’imposer le type d’abrazo, et comme la femme sera la soumise, il FAUT qu’elle soit en  position contrainte. Va donc pour un abrazo proche, MAIS CONTRAINT.

Il  a des biscottos, le monsieur, donc il va armer son bras gauche façon bras de fer, si possible en cassant le poignet de la madame selon un angle improbable. Et évidemment son bras droit va enserrer le dos de celle-ci et le comprimer sur son pecho, parce qu’on lui a dit que c’était comme ça que se danse le tango. Et au passage il lui imprime une compression du milieu de la colonne vertébrale. Dans ce shibari (1) symbolique, ce sont ses bras qui tiennent lieu de corde et de nœuds et qui la suspend le cas échéant. Evidemment ça fait mal, la respiration n’est pas évidente, le dos est cassé en deux  dans le sens inverse de la courbure naturelle de la colonne vertébrale, le poignet finira douloureux. Et donc, les danseuses un peu lucides ou observatrices éviteront soigneusement  l’invitation du macho constrictor.

Oui, mais voilà, c’est compter sans les masos, qui, elles, ne s’épanouiront que dans la contrainte. Ca fait mal, j’ai les reins en compote parce que le dos est comprimé et que je m’astreins à sortir le bassin pour qu’il ne me marche pas sur les pieds, je n’ai aucune marge d’expression parce qu’il ne me laisse aucune respiration rythmique, mais qu’est- ce que c’est bon d’être soumise à sa férule ! On m’a dit que c’était ça le vrai tango, la « cruauté esthétique ». Après, je passerai, si  je suis bien soumise, dans les pattes de ses copains tout aussi inflexibles. Quel pied ! Bon, il faut quand même que je signale que « le pied » se paie cher sous forme d’abonnement à des séances d’ostéo, car à plusieurs reprises j’ai  été amené à ricaner lorsque des imprudentes ont été amenées à cette solution pour se faire remettre en place les vertèbres suite à une tanda avec un bourrin (psycho)rigide de l’abrazo.

 
Pour celles qui n’adhèrent pas au trip, mais qui n’osent pas refuser l’invitation (un petit fond de masochisme ?), mais qui veulent se protéger un minimum, on ne pourra que suggérer l’acquisition urgente de ce charmant petit bustier clouté[. Si le monsieur veut comprimer le torse de la danseuse ainsi appareillée, il va falloir qu’il assume lui aussi sa petite part  de douleur, les clous vont lui rentrer sur la poitrine, et c’est là que la dialectique du maitre et de l’esclave va jouer à plein.

La taquine tanguera va lui en donner, du pecho, ça va lui faire mal, mais ne  sachant pas faire autrement, ou ne pouvant changer de style sous peine de passer pour une fiotte, le guideur va rentrer dans une logique où la douleur qu’il inflige sera proportionnelle à celle qu’il s’inflige en même temps. Il sera bientôt mûr pour une danseuse, certes maladroite, mais qui de ce fait, se servira de lui pour compenser son absence d’axe en pesant de tout son poids coté abrazo fermé, lui démolira le bras gauche coté abrazo ouvert au moindre pivot. S’ils concluent pour une relation plus intime à la fin de la tanda, nul doute qu’à un moment ce sera la dame qui tiendra la cravache !

Attention la relation sado maso dans l’abrazo ne se joue pas qu’en abrazo serré ! (celui-ci n'obligeant aucunement d'ailleurs à la dureté, sauf pour les accros d'un abrazo hard-core).

Le mâle dominant peut être parfaitement incapable de guider en abrazo fermé, il n’empêche que l’abus de sa force physique peut avoir les mêmes effets. Le guidage des ochos supposerait un coulissage de l’abrazo coté fermé pendant le pivot (puisque le dos de la danseuse se rapproche ou s’éloigne), mais non, le sado est ferme sur ses principes : il a placé sa main dans le dos de la danseuse et elle n’en bougera pas, non mais ! Du coup, il pilote en force en appuyant fort ou en reculant le coude du coté ouvert, et là, sa victime va subir des pressions au niveau du centre de la colonne vertébrale pour être obligée de se plier à ses injonctions corporelles. Dans ce cas de figure, le bustier clouté ne sera d’aucun secours… Qu’importe, là aussi, il n’est pas rare qu’il trouve des victimes adultes consentantes. 
Eric Schmitt

Post scriptum: Quand je vous disais que le bustier clouté était tendance... je viens de trouver ce nouveau modèle de p'tite robe!



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