Juanito Juarez


Rédigé le Mercredi 24 Février 2010 à 11:06 | Lu 5467 fois | 0 commentaire(s)


Discret et humble, délicat et sensible seraient les adjectifs qui paraissent à premier abord convenir parfaitement à cet homme de tango qu'est juanito Juarez. Pourtant sous cet air si fragile se cache un être infatigable et enthousiaste. Véritable homme de planches, saltinbanque depuis sa plus tendre enfance, il se façonne lui-même au gré des ses rencontres et des expériences artistiques. Le tango comme fil conducteur, Il suit son chemin en électron libre en dehors des schémas classiques. Il apprend le tango pas vraiment dans les cours mais dans les bras des meilleures danseuses. Il parcourt la planète en dansant avec de très grands orchestres. Nous étions donc très curieux d'en savoir davantage sur cet homme aux multiples facettes, à la fois danseur, enseignant, créateur mais aussi saltimbanque et poète au service du tango.


Juanito Juarez
Comment vous présenteriez vous ? Votre parcours ? Votre rencontre avec le Tango ?

Je suis un « escabotin » pure souche! à l'âge de 13 ans, je fais ma plus belle rencontre, par hasard, en entrant dans la troupe du Théâtre de l'Escabeau;
Mes parents ne vivaient pas très loin du théâtre, je suis français d'origine espagnole(Andalousie),
à 15 ans je « quitte » mes parents, pour vivre une aventure humaine et artistique qui allait définitivement influencer ma vie, et mes choix. Partager les créations, les répétitions, jouer ou juste rire autour d'une table dans cette grande maison familiale qu'était pour moi le théâtre. C'était magique, fort , inattendu, salvateur !!!

A 18 ans, je monte à Paris.,au lycée Molière, en partenariat avec la Comédie Française où je prépare mes examens avec plusieurs partenaires, dont Marion Cotillard. Et puis la Nouvelle Sorbonne, en histoire de l'art, sans commentaire. En 96, Je deviens assistant aux subventions-théâtre au conseil régional d' Île de France, puis en 97, engagé par un producteur, je m'occupe de la diffusion et de la vente du " Faust Argentin" d'Alfredo Arias, et c'est là que je rencontre le Tango!


Pourquoi et avec qui avez vous appris le Tango ?

J'ai mordu, et me suis passionné pour cette danse qui mêle le mouvement, aux intentions et aux sentiments.
Le Tango n'était pas une nouveauté à Paris, mais pour moi c'était une découverte. A cette époque il n'y avait qu'une poignée de professeurs, et des bals incontournables: les vendredis d'Augusto, les lundis de Nathalie Clouet …

Un soir, Moira Castellano me propose de partir en Grèce avec elle. Mon premier contrat, ma première répétition. Danser le tango avec une danseuse sublime qui allait aussi devenir une amie, était la meilleure façon d'apprendre.

Le tango n'avait pas encore explosé, une grande vague se préparait, le moment où la mer se retire avant de déferler. Les bals étaient des fêtes, j'ai appris le Tango comme ça, dans les bras de mes partenaires (Silvina V., Bibiana G., Sophie M. Sandra Messina, Bernie, Moira Castellano, Victoria Vieyra ...) chacune m'apportant de son Tango, de son expérience, de sa culture. J'ai appris en observant tous ces danseurs qui me fascinaient, Chicho venait d'arriver sur Paris, avec lui, une nouvelle déferlante.


Vous avez participé à de nombreux spectacles, que pensez vous des spectacles «Tango Passion », « Tanguera » ou encore « Otango » ?

Il y a spectacle et spectacle... Le traditionnel défilé de couples qui passent tour à tour, un classique des festivals, aucune trame, pas de dramaturgie, ou un semblant. Les spectacles « for Export » genre Tanguera, «  des prouesses et des fesses » avait titré Le Monde pour la dernière représentation, suffisamment parlant.. En revanche, Otango arrive comme une nouvelle fraicheur, une histoire, un réussite , j'ai de toute façon toujours apprécié le travail de Claudio et Melina.

Il est vrai que j'ai dansé avec beaucoup d'orchestres et de partenaires, et participé à des tournées en Europe et en Asie. J'ai eu la chance de danser pour Café de los Maestros, Les Fleurs Noires, Artango et bien d'autres, et puis, Gotan Project! Lorsque j'ai appris que je partais avec eux, j'osais à peine y croire, mais depuis la création du groupe j'ai suivi leur aventure, avec toujours cet étonnement, lorsque les tournées nous amenaient dans des salles mythiques comme l'Olympia, le palais de la Musique de Barcelone, ou encore le Round House de Londres...

 
Votre actualité / vos projets

J'aime la différence, j'aime chercher, créer, répéter, réfléchir, sur un spectacle. Amener de nouvelles propositions, sortir des clichés. Avec Kahena Saïghi, nous avons créé « Ivresse Tango » que nous tournons en ce moment, j'aime la légèreté de ce spectacle, ce qu'il raconte, même en utilisant le thême récurrent d'une histoire entre 3 personnages qui se cherchent, Kahena a su donner à Ivresse Tango une simplicité touchante, de l'humour, une vraie dramaturgie et beaucoup d'humilité.

Depuis 3 ans je travaille avec Jacobo Romano et Jorge Zulueta !. Ils ont, entre autre, écrit avec A. Piazzolla et H. Ferrer, « Maria de Buenos Aires », Jorge a composé le morceau le plus connu de l'Opéra « Yo soy Maria ». A eux deux c'est 150 ans de vie artistique, plus de 40 Opéras. En Juin dernier ils me proposent d'être leur assistant à la mise en scène sur le dernier Opéra Comique qu'ils ont écrit « Un Tango pour Lautrec » créé à L'Opéra de Nancy avec Blanca li. Avec plaisir j'ai accepté leur proposition, entrainant avec moi ma complice et amie de toujours, Kahena.


Votre Tango en quelques mots?

Patience est pour moi la clé de tout. Aussi bien pédagogiquement qu' artistiquement. Les rides donnent au tango sa maturité, sa densité. J'aime ce dialogue intime des corps, cette proximité dans un espace défini. J'aime la sensation que procure le tango et sa musique. Penser «  j'y suis arrivé » serait une fin bien prétentieuse, au contraire, il n'y a pas de limite avec le tango. Juste continuer avec humilité sa recherche, son chemin.
Propos recueillis par Lalie Marion  
Décembre 2009
Paru dans Paris Tout Tango magazine n°22



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