De l’art de se faire... un beau CV de prof de tango (3)


Rédigé le Lundi 22 Décembre 2008 | Lu 725 fois



De l’art de se faire... un beau CV de prof  de tango (3)
Dans les deux précédents numéros, je donnais quelques conseils pour se bétonner le CV de prof de tango et être « vendeur ». Si la plupart des lecteurs l’ont pris avec humour, d’autres ont manifestement pris ces idées au sérieux et j’ai même été surpris d’en retrouver certaines sur des sites internet ! Eh ! oh ! les gars, ce n’était que joyeuses pignolades pour faire rigoler la galerie, voire pour l’aider à décrypter les bidonnages de bon aloi. Pas des conseils pour de vrai ! Eh bien, finalement, tout ceci m’a donné l’idée de ne pas donner de conseils pour rire mais plutôt d’imaginer comment le commun des mortels peut recevoir la prose marketing qui fleurit sur certains sites.

Oui, parce que si on n’a pas rempli les conditions que j’ai énoncées dans les précédents numéros : pas argentin, pas de pèlerinage à Buenos Aires, qu’on a un style non étiquetable (ou pas de style du tout), et pas franchement de brochettes de maestros célèbres à revendiquer comme formateurs, il faut bien trouver quelque chose, voire n’importe quoi pour montrer qu’on maîtrise son sujet et qu’on a un truc spécial. Et là, les idées fleurissent. Mais bon, est-ce que ça peut passer ?

Imaginons, à ma droite, Gisèle, ménagère de moins de 50 ans (mais pas forcément pour longtemps) qui se cherche une activité pour la rentrée, n’a jamais dansé, mais s’imagine en jupe fendue et bas résille, et à ma gauche, Jérôme, président d’une petite association qui danse depuis 4 ans, montre les pas qu’il connaiît aux débutants et cherche un couple de maestros susceptibles de faire un petit stage de temps en temps. Comment vont-ils réagir à ce qui suit ?
D’abord il y a celui qui a signalé qu’il était prof de gym dans une vie antérieure. Ne rigolez pas. Sur une seule ville, j’en ai repéré 5 (dont une qui n’en a pas parlé, mais je le sais…). Donc ce n’est pas un cas rare. Et il a même mis la photo en survet’ d’il y a 15 ans.
Gisèle se dit : « Pffou ! Si c’est pour faire de la gym, pourquoi je n’irais pas plutôt au Gymnase Club ? Il parait que ça drague aussi là bas, mais on est moins bien sapé. J’hésite… »
Jérôme lui, est vaguement irrité : «  Mais je m’en fous de ce qu’il a fait avant ! Pourquoi pas un ancien gendarme, ou pompier, avec sa photo en uniforme, pendant qu’on y est ? Ou un rugbyman ? Avoir fait un job sportif ne me garantit quand même pas qu’on sache danser, non ? »
On passe alors à un autre couple : eux font du tango nuevo et « axent leur travail sur la qualité du guidage, la connexion, mais aussi sur le partage de l’équilibre. Ils mettent l’accent sur le rapport au sol, inhérent à cette danse, dans le sens d’énergie, de poids, d’appuis... »
Gisèle : « C’est quand même bizarre tous ces trucs, juste pour danser avec un monsieur qui sentirait bon et qui serait bien habillé ». Jérôme : « Mouais, ça a l’air bien, mais je vais me faire déchirer par ceux de l’assoc’ qui ne pensent qu’à apprendre des figures nouvelles. »
On continue. Les intéressés « alimentent leur pédagogie de leur expérience théâtrale, de leur pratique du yoga, et de la technique Alexander. » Gisèle : « Expérience théâtrale ? Ah ben oui, je me disais bien qu’ils se faisaient du cinéma dans le tango. Mais c’est qui cet Alexander ? Et pourquoi il faudrait faire la position du lotus ? C’est bizarre quand même. » Jérôme : « Ca peut en jeter sur le dépliant, mais bon, Alexander, c’est plus trop à la mode, Feldenkrais, déjà, c’est en train de passer, j’aimerais bien en trouver qui fassent du gyrokinesis, c’est à la mode cette année, il paraît… »
On passe donc à un autre CV. Un couple qui annonce explorer le tango dans sa dimension sensible et subtile. Initiés à différentes disciplines corporelles, formés au Zen, et au tantrisme, et ils offrent « un cadre d’exploration du vide-médian dans la rencontre, initiatrice d’un pas-sage à une danse sacrée ».
Gisèle s’affole : « Mais j’y comprends rien à tout ça ! Puis, qui me dit que c’est pas une secte ? Je vais peut être finalement accompagner Josiane à la salsa…»
Jérôme : « ‘tain c’est chiant ! Et puis bon, à qui je vais faire croire que le tango argentin est né dans un monastère zen près de Kyoto ? Je viens déjà d’éliminer trois mecs qui font du tango-Qi Gong, du tango Tai chi, et du tango Kung Fu. Je veux bien qu’il faille des appuis au sol, mais ça pousse le bouchon un peu loin. »
Gisèle et Jérôme ne le savent pas encore, mais ils vont bientôt tomber sur les ésotériques qui voient les 4 éléments (eau, terre, feu,air) dans le tango, ou qui vont invoquer les chiffres 3 ou 7 (c’est des chiffres magiques dans plein de religions…), ou l’Egypte antique. Puis sur ceux qui y mettent de vrais morceaux de psychothérapie.  Puis sur ceux qui fusionnent tango et bachata, tango et salsa, ceux qui ont été primés dans des concours de danse de salon et qui créent un nouveau cours de tango argentin, histoire de compléter leur grille horaire (accessible seulement à ceux qui ont déjà 3 trimestres de cours de danse de salon, c’est indispensable, hé hé…). Et pendant ce temps–là, d’autres cherchent ce qu’ils pourraient bien inventer pour avoir l’air original…
Sans imaginer que Gisèle et Jérôme se posent une vraie question : « Mais est-ce qu’ils dansent bien, au moins ? »

vidéo de la pub à voir sur :
http://www.culturepub.fr/videos/spontex-spidex-la-valse-musette-hd.html



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