De l’art de se faire, en quelques leçons, un beau CV de prof de tango (2)


Rédigé le Lundi 29 Septembre 2008 | Lu 889 fois


Bétonner un CV de super prof de tango, c’est tout un art. Et vous ne pouviez donc pas vous limiter à ce que j’avais recommandé dans le dernier numéro : valoriser votre argentinité, ou votre imprégnation portègne acquise grâce à vos séjours touristiques du côté du Rio de la Plata. Parce que dans tango argentin, il y a “Argentin“ mais il y a aussi “tango“. A un moment donné, il faut donc en parler, de votre tango. Ou à défaut, si vous n’en avez pas un à vous, empruntez-le !


De l’art de se faire, en quelques leçons, un beau CV de prof  de tango (2)
Oui, parce que, quand même, c’est ça que vous êtes censé vendre. Alors bien sûr, vous pourriez montrer ce que vous savez faire, mais se trimballer avec un lecteur DVD et une télé en plus de la carte de visite, pour montrer aux gens, ça fatigue les bras. Option alternative : vous vous trimballez en permanence avec des pompes bicolores et un costard rayé, et vous faites une démo à chaque fois que vous remettez une carte de visite. Mais outre le fait que ça peut paraître déplacé et qu’on risque de trouver que vous en faites tellement trop, au point que vous passeriez pour un comédien satyrique, n’oubliez pas une chose essentielle : ce qui est rare est cher. Et il s’agit bien de vous vendre.
Bon évidemment sur internet, il vous suffirait de mettre un petit clip en ligne. Mais sur ces coups-là, il faut absolument être sûr du contenu qualitatif. Donc, plutôt que montrer autant en parler. C’est plus sûr.
Alors là, vous avez plusieurs options : parler de votre chapelle de style, donc vous étiqueter, ou parler de vos profs pour revendiquer une filiation.
La chapelle de style : vous pouvez directement annoncer que vous dansez le tango milonguero ou le tango nuevo. Ne parlez surtout pas “estilo de salón“ ; ici, personne ne sait ce que c’est. Or il faut donner des certitudes, et utiliser des étiquettes connues. Cela vous permet d’amorcer un début de réseau avec les étiquetés identiques du reste de la France, d’outre-Quiévrain, voire du Valaisan… mais pas de votre ville. C’est logique : des gens qui font dans le même genre que vous, ça valide votre choix. Si ça se fait partout ailleurs, c’est que c’est bien. Si ça se fait à côté, c’est de la concurrence.
Si vous ne voulez pas vous étiqueter de manière trop précise, procédez par allusion. Vous danserez ainsi “le vrai tango“ de Buenos Aires, “forgé par une tradition qui ne se dément pas“  si votre cœur de cible est un public vaguement milonguero ou plutôt âgé. Si vous visez un public un peu plus jeune  (des bo-bo quadragénaires par exemple, potentiellement plutôt branché nuevo), il va falloir que vous évoquiez “un tango bien dans son époque“, “moderne“, “cultivant les valeurs de recherche et d’expérimentation“. Ah oui, si vous voulez vous vendre à des anciens danseurs de salon, pas très au fait de l’essence du tango, mais en mal de frime et paillettes, ne dites pas “style fantasia“ (ça fait penser à Walt Disney) mais trouvez un laïus où vous glisserez les mots “spectaculaire“, “séduction“, “sensualité“, “passion“,  “virtuose“, en tout cas quelque chose qui fasse référence aux poncifs les plus éculés. S’ils sont éculés, c’est qu’ils sont connus et donc ça permet de toucher les non-connaisseurs. Ca tombe bien, ils sont plus nombreux.
Evidemment, ça ne suffira pas. Il faut que vous suggériez que vous êtes bon. Donc si vous dansez depuis 10 ans, dites-le : il y a encore des naïfs qui croient que le niveau s’obtient avec les années, sans se poser la question des efforts et du travail à faire pour les remplir. La durée suppose l’expérience.
Justement, comme ça peut ne pas suffire, il y a un joker imparable : vos profs. Plus ils sont célèbres, plus vous vous attribuez un peu de leur compétence dans l’inconscient du client (et dans le vôtre aussi, avouez-le…). Même si vous n’avez pris qu’une heure de cours avec chacun, alignez une belle liste : Naveira, Chicho, Mariana Montes, Geraldine Rojas, Pablo Veron, Fédé et Catherine, etc… Qu’importe si vous devez beaucoup à Jérôme et Nathalie qui enseignaient à la MJC du quartier. Même s’ils sont excellents, ça fera suspect si vous n’avez pas une belle ligne de maestros à rajouter dessus.
Il ne suffit pas de le dire. Si jamais vous avez une petite photo de vous avec vos maestros, c’est tout bon : la preuve par l’image. Vous pouvez même vous faire délivrer une attestation par l’organisateur du stage… qu’importe si vous n’en avez rien intégré dans votre danse. Avoir côtoyé la compétence laisse supposer votre compétence.
Et c’est bien ça le but. Ca fait plus crédible qu’un diplôme délivré par une officine domiciliée dans l’Ile de Man avec trois profs argentins parfaitement inconnus, ou l’éventuel diplôme que le ministère de la Culture se propose d’instaurer pour montrer qu’il a su s’occuper.
Encore une fois, le contenu de vos cours peut être de grande qualité ou bidon, ce n’est pas la question. Ce qui compte, c’est comment vous le présentez…
La prochaine fois, promis, je vous indiquerai comment faire feu de tout bois et valoriser des choses qui n’ont qu’un très lointain rapport avec le tango…
En attendant je vous laisse réfléchir là-dessus.
Eric Schmitt





1.Posté par Michel WEYL le 20/11/2013 16:49 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Un comédien satyrique je le vois plutôt arriver avec des pieds fourchus qu'avec des chaussures bicolores ;-) Je pense qu'il doit plutôt s'agir ici d'un comédien satirique.

Nouveau commentaire :
Twitter