DICTIONNAIRE PASSIONNE DU TANGO


Rédigé le Vendredi 1 Avril 2016 | Lu 2969 fois


Par Gwen-Haël Denigot, Jean-Louis Mingalon et Emmanuelle Honorin
755 pages
Ed Seuil ISBN 9782 02 109968 3


Un dictionnaire, fût-il passionné, sur un sujet donné est un exercice éminemment casse-gueule. Et pas moins si le sujet en est le tango. A vrai dire, l’exercice a d’ailleurs déjà fait l’objet de tentatives.
C’est casse gueule pour plusieurs raisons :
Tout d’abord, il y a le risque de n’etre pas assez complet, l’absence d’exhaustivité devant etre par ailleurs, et de toute façon, un risque assumé. Il est d’ailleurs entendu et prévisible que la Terre regorge suffisamment de maniaques et de puristes (caractéristiques participant d’une forme de dandysme) qui ne manqueront pas de soulever l’absence regrettable de ceci ou de cela, ne serait-ce que pour se faire mousser.
Ensuite , il faut maitriser les différents domaines  abordés par le dictionnaire. Et en la matière, il y pléthore de domaines. Comment faire pour équilibrer  le poids relatif de ceux-ci sans céder à la tentation de faire l’impasse sur ce qu’on connait un peu moins, donc de déséquilibrer l’ensemble?  Ou de se retrouver à énoncer des choses inexactes, approximatives, ou insuffisamment documentées si on tente l’option contraire.
A l’inverse, un dictionnaire offre quelques avantages.
Pour un éditeur, déjà, c’est tendance. Les dictionnaires (souvent présentés comme amoureux) consacrés à un thème susceptible de drainer un lectorat prolifèrent ces temps-ci (j’ai par exemple chez moi un Larousse de la Bière…).
Pour un auteur, contrairement à un traité, il n’est pas besoin de construire un plan, avec toutes les difficultés qu’un phénomène  protéiforme peut créer dans sa structuration, quand ce n’est pas mission impossible.  Au contraire, le traitement par micro sujets permet une construction pointilliste du tableau qu’on veut brosser. Et aussi, ça permet de s’entourer d’avis autorisés. Voire de travailler en équipe. Ce qui est, au fait, le cas des grands  dictionnaires généralistes.
De travail en équipe , c’est de ça qu’il s’agit puisque l’auteur est tricéphale. A trois on est plus fort, surtout quand les trois en question qui s’intéressent au sujet de longue date (et avec implication) ne manquent pas en plus de solliciter des  avis divers et variés pour validation. Avec une démarche revendiquée en préface face à un foisonnement de « traditions inventées », de discours contradictoires : « défricher, questionner, mais aussi se laisser porter par la mythologie fondatrice et dépeindre tout simplement les choses comme elles sont , c’est-à-dire réelles et rêvées dans le meme mouvement » afin de « construire un kaléidoscope » sous forme de déambulation subjective dans un univers en perpétuelle mutation ».
Pour un résultat éloquent : plus de cinq cents entrées dont la liste des thématiques reportée en fin de bouquin : bandonéonistes, chanteurs, guitaristes, orchestres, violonistes, paroliers, danseurs, titres de tango, titres de tango, danse, musique, intruments, lieux, images, culture…
Le panorama est des plus complets et du coup permet des sauts surprenants : de « electrotango » à « syncope », de « Turquie » à « Villa Urquiza », de « guardapista » à « bande dessinée » en passant par « marathon », « erotisme », « arabe », «Finlande », » « Pina Bausch » « prostibulario », voire « tangasme » au-delà bien sûr des classiques et attendus « codes du baal »,  Pugliese », « Gavito », « canyengue », « fioritures » etc…
Une forme d’inventaire à la Prévert, me direz –vous.
Tout le contraire d’une vision monomaniaque, en effet,  ce qui est bien le moins s’agissant d’un dictionnaire, certes, mais qui contribuera utilement à la culture autant qu’à l’ouverture des esprits tangueros au-delà des clichés et images publics.
En effet il y a fort à parier que si vous croyiez  tout savoir sur le sujet, vous ne manquerez pas d’y trouver quelques informations de nature à réaliser que votre culture tango n’est pas si complète que vous l’imaginiez…
Bien sûr, je l'évoquais plus haut, on pourra toujours dire qu'il manquait un article sur tel danseur, tel musicien, on pourra toujours s'interroger sur la sélection de certaines occurrences présentes par rapport à d'autres, manquantes, mais la proposition est largement copieuse, et la revendication de "déambulation subjective" dans l'avant propos, permet de balayer aisément ce genre de chipotage.
Bref, cette revigorante production va rejoindre les meilleurs (mais finalement pas très nombreux) bouquins de référence de ma bibliothèque tango. Violemment recommandé !
Eric Schmitt
 



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