Carlos Gavito : De pas à pas


Rédigé le Lundi 22 Décembre 2008 | Lu 375 fois



Carlos Gavito : De pas à pas
Un petit livre, de Ricardo Plazaola, intitulé “Yo Quería Bailar. Carlos Gavito, vida, pasión y tango”, édité en Argentine par Editorial Dunken, 2008, m’a donné envie de parler de Gavito. Et pour plusieurs raisons. La première, c’est que le danseur Gavito retrace aux débuts de sa vie la même ligne que de nombreux acteurs du monde du tango : dès le jeune âge, l’affirmation d’une vocation inébranlable mais aussi l’affrontement avec d’énormes difficultés, notamment financières, pour se lancer dans la direction voulue. Le second volet sera le tracé de sa carrière et le troisième, sa conception de la danse.

Gavito – 1
Les premiers pas
[ les passages en italique évoquent des situations similaires dans la vie d’autres personnages ]

Ses premiers pas, il les fait dans un milieu plus que modeste, le même que celui de nombreux personnages du tango.

Tout d’abord, le père, don Tomás Gavito, a gagné sa vie à la campagne en préparant les grillades typiques argentines, qu’il assaisonnait en récitant des poèmes gauchos, et parfois ses propres compositions. Ensuite, installé à Buenos Aires, il a été serveur de bar, placier de cinéma. Puis, pompiste, mais son asthme le fait licencier de la station d’essence. Chômage jusqu’à son embauche dans un entrepôt frigorifique qui lui rapporte de la bonne viande en plus d’un salaire acceptable. Ce n’est jamais la misère, mais chaque centime est précieux.

Et c’est Pilar, la mère, qui gère cette parcimonie et nourrit les six enfants. Pilar adore la musique et le premier cadeau de son mari a été une radio qu’elle écoute avec fascination. Frères et sœurs sont tous attirés par les arts : le premier sera sculpteur, les suivants, musiciens ou danseurs, le dernier peintre. Le premier cadre est dessiné : poésie, musique et argent rare.

Les pas suivants ont pour piste le quartier. Avellaneda était une zone intermédiaire entre la ville et la campagne. Maisons basses, rues boueuses. Maglio raconte que le bar La Paloma où il jouait à ses débuts était envahi par les rats…Ces rues, les terrains vagues, les bandes de copains constituent l’école où tout s’apprend. Jeux et bêtises d’enfants.

Le deuxième cadre, c’est celui de l’apprentissage de la vie sociale et du repérage approximatif des limites.
Et les petits travaux pour gagner quelques pièces. A six ou sept ans à peine, Carlos et son frère Nelson, vont acheter des salades dans les fermes voisines et les revendent dans l’avenue Pavón, en profitant de l’arrêt forcé des voitures au passage à niveau. Ils récupèrent aux abattoirs des os qu’ils revendent, une fois bien récurés, aux fabricants de peignes. Le musicien Angel Villoldo, le chanteur Ignacio Corsini ont travaillé dans les abattoirs. Carlos est aussi vendeur de journaux à la criée, et sert de collecteur de paris clandestins pour le compte du caïd local.
Le troisième cadre apprend la rudesse de la vie, l’exigence de travail pour un gain médiocre, et, parfois, l’imprécision de la frontière entre le permis et le délictueux.
Il abandonne l’école et ne veut pas aller au collège. Arolas a quitté l’école avant la fin du primaire. La vocation première se révèle. Carlos est tout d’abord attiré par le bandonéon. Deux ans de cours avec le professeur du quartier. Mais la chose s’éclaircit : son instrument sera son corps lui-même, il sera danseur.

" Yo queria bailar ", je voudrais être danseur, dit-il à sa mère qui lui pardonne son école buissonnière. Ses buissons à lui, ce sont les salons de danse du quartier, où il se faufile derrière son aîné Nelson, en falsifiant sa carte d’identité…et où il se fait remarquer pour son agilité à danser le rock…

Sa dernière initiation, c’est le Sud. Il a à peine 18 ans et s’embauche dans les compagnies d’exploitation du pétrole. Travail très dur, climat encore plus dur, et compagnons de chantiers échappés de toutes les misères. Il exerce divers métiers, thésaurise ses salaires. Roberto Firpo a été commis de magasin, maçon, laitier, ouvrier d’une fabrique de chaussures, employé d’une fonderie, le tout pour arriver à se payer un piano…Pour Gavito, c’est enfin le retour à Buenos Aires. Une part de l’argent pour sa famille, l’autre pour s’habiller, se chausser et, dès le premier soir, le cabaret … un danseur est né.




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