CAFE DE LOS MAESTROS


Rédigé le Lundi 29 Septembre 2008 | Lu 1740 fois


Le documentaire musical Café de los Maestros de Miguel Kohan vient de faire son apparition sur les écrans français depuis le 10 septembre 2008.
Nous avions déjà consacré une double page dans le Tout Tango n° 8 au moment de la sortie des deux albums (coproduits avec Gustavo Mozzi) et du livre (écrit par Irene Amuchástegui) sur ce long processus qui commença en octobre 2003 avec le premier enregistrement et s’achève aujourd’hui avec la sortie de ce film.
La prochaine étape, déjà entamée, est celle des concerts de ces Maestros sur scène.


CAFE DE LOS MAESTROS
Ce film non didactique nous fait approcher les musiciens et chanteurs qui ont vécu et fait la période faste du tango des années 40 et 50.
Des retrouvailles étonnantes, non pas spontanées mais brillamment orchestrées pour cette occasion et avec un résultat sonore de tout premier ordre. Ils ont la pêche ces vieux et nous témoignent intacte leur histoire d’amour avec cette musique qui a rempli et rythmé leur vie.
Tours et détours parmi 18 maestros choisis, entre ambiances d’enregistrement, coulisses de la dream team, tensions et décontractions lors du concert mythique du Théâtre Colón, interviews (dans des cafés, à l’hippodrome, au match de foot, au carnaval de Montevideo…), non dénués d’humour ou d’émotion et images d’archives  qui viennent compléter ce melting-pot d’images, parfois un peu cartes postales ou vidéo-clips de Buenos Aires. Si on les voit jouer, chanter, enregistrer, se raconter, ils ne sont toutefois jamais nommés ; il faut donc les connaître pour savoir qui ils sont ou attendre le générique de fin.

Le co-producteur du film (avec Walter Salles et Lita Stantic) est le boulimique Gustavo Santaolalla, pionnier du rock argentin, qui émigra aux Etats-Unis en 1978, actuel mentor de la scène rock latino, heureux musicien de Bajofondo. Il recruta Miguel Kohan, réalisateur qu’il avait repéré pendant ses études de cinéma à Los Angeles (et qui réalisa ensuite Grandes Salinas). Il donne la parole aux artistes, sans jamais se mettre en avant, les montrant avec respect, face caméra, comme ils sont, en transmettant le privilège d’assister à ces moments précieux, avec ces vieux là, dans ces studios là (Studios Ion), dans cette atmosphère. Une sorte de retour aux sources, longtemps après la gloire, mais avec foi, talent, simplicité et conviction.

Avec plus de 300 heures de matériel filmé, sans scénario prélable possible, il a fallu trouver comment les organiser pour montrer la variété, la qualité et le caractère unique de ces vieux, avec la dose juste de musique et de silences tout en éveillant l’intérêt du public. C’est ce défi relevé qui est visible à l’écran. Indéniablement un film qui restera dans les annales. Une merveilleuse aventure pour ceux qui l’ont initiée et vécue comme pour le spectateur, d’un bout à l’autre de la chaîne.

Si la comparaison avec Buena Vista Social Club peut aider la carrière du film, Gustavo Santaolalla n’est pas contre mais pour lui, il s’agit de l’accomplissement d’un souhait toujours remis à plus tard… Il y a 24 ans, il s’était plongé, obsédé par le thème de l’identité, dans le projet De Ushuaia a la Quiaca  en quête des racines de la musique folklorique Argentine. En voyageant dans tout le pays, à la rencontre des vieux sages muiciens, en compagnie du rocker argentin León Gieco qui servit de lien. Après avoir démarré son travail avec Bajofondo, il eut le même style de démarche, la même nécessité d’aller vers le tango pur de son enfance. Même si Gustavo Santaolalla est un fan de Ry Cooder (musicien américain, à l’initiative de la réunion du Buena Vista Social Club), il aime à rappeller à qui veut l’entendre que contrairement à Ry Cooder, il est Argentin, ainsi que toute l’équipe du film, qu’il ne joue pas dans les disques, qu’il a maintenu la musique au plus près de ceux qui détiennent l’histoire. Lors de la première, un des musiciens lui a dit : «Tu nous as rendu notre son.» Aucun compliment ne pouvait lui faire plus plaisir. C’est sa façon de rendre hommage à ces créateurs si particuliers, si lucides et engagés dans leurs pétillants et vibrants savoirs et de nous en faire profiter, avant qu’il ne soit trop tard.

Témoignage émouvant de ces figures attachantes qui ont contribué à l’identité du tango que nous dansons toujours.  

Qu’en est-il pour ceux qui n’ont aucune idée, ni du genre ni de ceux qui l’ont faits ? Mais il est déjà trop tard, il ne m’est plus possible de me mettre à leur place.

“Si vous ne frissonnez pas en jouant un tango, passez votre chemin“, disait le pianiste Carlos García.

Solange Bazely
Remerciements à Emmanuelle Honorin et Gustavo Santaolalla

Avec Aníbal Arias, Ernesto Baffa, Emilio Balcarce, Oscar Berlingieri, Ubaldo de Lío, Mariano Mores, Virginia Luque, José Libertella, Osvaldo Montes, Alberto Podestá, Atilio Stampone Lágrima Ríos, Horacio Salgán, Leopoldo Federico, Osvaldo Requena, Carlos Lázzari, Emilio de la Peña (qui évoque Bill Evans), Juan Carlos Godoy, Fernando Suárez Paz, et le doyen Gabriel Chula Clausi et les regrettés Carlos García, Lágrima Ríos, José Libertella et très récemment le chanteur Oscar Ferrari.
Scénario : Miguel Kohan et Gustavo Santaolalla.
Mixage et supervision de la musique et du son: Aníbal Kerpel. So du Colón : Hernán Gutierrez.
Durée : 1h40 • Pathé Distribution



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