Betonnez-vous un comportement de Maestro


Rédigé le Jeudi 1 Juillet 2010 | Lu 1297 fois


Ayant donné ici même quelques tuyaux pour «se vendre» comme enseignant de tango, des petits malins m’ont fait remarquer que les profs pullulent, mais que des « vrais maestros », il y en a un peu moins. Il doit donc y avoir une différence. En France tout au moins, où le terme  maestro se confond avec l’idée de virtuose starifié, alors que personne n’envisage sous cet angle le maître d’école, ou celui qui, maîtrisant son art, le transmet à apprentis et compagnons (sens premier du terme)…


Alors il faut quoi pour en être ?

Ben, honnêtement, c’est flou. Etre convaincu d’en être un, en tout cas, ou au moins être prêt à le faire croire. C’est le B-A-BA. Ou que les autres vous reconnaissent comme tel en vous en donnant l’appellation. Vos élèves tout d’abord, les élèves des autres, et, plus compliqué, ceux qui sont reconnus comme maestros, mais là, faudrait déjà que ce soient des potes. Et que, comme ils ne se sentent pas plus balaises que vous, vous vous épauliez mutuellement en montant une petite camarilla vantant les mérites de ses membres (et par conséquent décriant ceux des crémeries concurrentes). 

 

Or le monde du tango étant soumis aux aléas des passions humaines, le pire reste le plus probable. Autant se positionner en négatif. 

 

Si vous déniez à l’autre l’appellation de maestro, les naïfs penseront avec un peu de chance que vous êtes une autorité en la matière. Donc, un maestro. Glissez alors une petite phrase du genre «Des comme eux, il y en a plein à Bs As, ce sont juste des gens moyens qui s’entourent d’ignorants». Cela peut faire un petit effet dévastateur. Mais le risque, c’est que cette analyse ppeut se retourner contre vous. Plus sûr, cassez les autres, mais anonymement. Avec un pseudo énigmatique, laissez sur You Tube des commentaires négatifs sur les vidéos des maestros les plus en vue… et des bons, bien sûr, au passage, sur les vôtres. En abaissant un peu les autres, vous introduisez un doute qui pourrait vous profiter. Gaffe quand même, si vous êtes découvert, vous risquez de vous manger une grosse baffe en croisant une de vos cibles, et d’être cramé durablement dans toutes les milongas de Bs As ou d’ailleurs (à condition même que vous y soyez connu…). A l’inverse, mettez ou faites mettre en ligne sur facebook la moindre vidéo de vous-même. Avec quelques pseudos, faites tomber des commentaires flatteurs. Pas d’inquiétude, il va forcément se trouver des gens qui s’ennuient pour la relayer. Même si c’est nul. Je me rappelle que ça a été le cas d’une danseuse teutonne exécutant force figures (pas toutes réussies) en évoquant une sensualité aussi torride que François Fillon présentant le prochain budget de l’Etat… Donc tous les espoirs sont permis. La multiplication de vos vidéos peut compenser une faible crédibilité. Attention quand même. Une vidéo trop nulle peut être relayée abondamment en off, mais assortie de commentaires rigolards du type «la preuve que tango et drogue ne sont pas compatibles»…

 

Montrez aux autres maestros une haute opinion de votre valeur : ne vous mélangez pas avec eux ! Dans un festival, ne vous asseyez pas à la même table que les collègues. Idem, en coulisses, arrivez chargé d’arrogance, évitez de les saluer, ça fait peuple, quitte à mettre la  pression sur votre partenaire qui a inconsidérément salué les intéressés avant votre arrivée. Peut-être en concevront-ils un complexe d’infériorité par rapport à vous… ou alors ils vous prendront définitivement pour un pauvre mec ! Mais bon, ça peut marcher sur des profs «régionaux» si vous venez d’ailleurs. Attention quand même. Une arrogance mal dosée peut se terminer par un pugilat en coulisses.

 

Vient le moment des démos. Peu importe que la vôtre manque de créativité, qu’elle soit convenue, moyenne ou faible. Démarquez-vous. Quand tous les autres couples arrivent par le même côté, trouvez le moyen d’arriver par un autre, histoire d’afficher une singularité qu’on pourra prendre comme une marque de statut plus élevé. Même si votre démo utilise des grosses ficelles, n’hésitez pas à la charger d’effets : lever de pattes (il n’y a pas d’arbre, pourtant…), portés, faites voir de la cuisse, faites fantasmer sur le sexe, Madame, prenez l’air extasié, Monsieur,  gonflez le torse avantageusement, etc… Si des esprits forts ne manquent pas de détecter la vacuité de l’ensemble, il y a TOUJOURS un public pour aimer ce genre de grosses ficelles, pour peu qu’en plus, vous n’ayez pas lésiné sur le strass. 

 

Enfin voilà, quelques conseils en vrac qui mériteraient d’être complétés par d’autres, bien sûr. Ah oui, j’oubliais, tous les comportements invoqués sont totalement imaginaires et la ressemblance avec une personne existant, ou ayant existé, totalement fortuite !

Car bien évidemment, le vrai maestro, lui, n’aurait pas besoin de ces artifices, son talent lui suffisant, et ils sont tellement nombreux, ces vrais maestros

 

Eric Schmitt

 

Note d’un lecteur-correcteur : Le pibe Sarandi disait déjà : « c’est drôle, le nombre de maestros qu’il y a en France, alors qu’on pourrait, à la rigueur, les appeler professeurs… »

Article paru dans le magazine Tout Tango n°24 juillet à septembre 2010




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