A TARBES, RASCASUELOS, TOTAL K.O.


Rédigé le Mercredi 27 Août 2014 | Lu 4347 fois


Le carton absolu de ce festival au niveau orchestres aura été sans conteste le concert de Rascasuelos au Théatre des Nouveautés. Certes, ils avaient bien déménagé pendant le bal de la veille à la halle Marcadieu, mais ceux qui ont cru qu’ils auraient eu à une resucée des thèmes joués la veille ont fait une lourde erreur. Autant le répertoire joué le jeudi soir était clairement un répertoire destiné au bal et aux danseurs, autant le concert était … un concert ! Et un concert où le groupe déroulait son répertoire propre, celui qui n’a pas pour l’essentiel, la prétention d’etre « bailable ». Seuls les deux premiers thèmes du deuxième set, bien rythmés mais assez déroutants pour des danseurs peu expérimentés (y compris pour les quelques fanatiques de « l’alternatif », faudrait savoir !) se retrouvaient dans la play list. Une manière discrète de passer le message qu’il y avait autre chose à se mettre dans l’oreille que ce qu’on entendait.


Donc il fallait y etre. Mais Rascasuelos, c’est quoi ?
C’est une tipica d’une douzaine de personnes dans sa version tango grand public et un orchestre de sept personnes pour la version qui nous intéresse ici : Héctor “Limón” García (chant), Patricio “Tripa” Bonfiglio (bandoneon), Fulvio Giraudo (piano), Cristian Basto (contrebasse), Nicolás Tabbush (violon), Mariano Malamudi (violon), Karmen Rencsar (violoncelle).
Vous en saurez plus en allant sur leur site http://www.rascasuelos.com.ar/

Quelques petites informations sur le passé de ses membres qui éclairera la démarche. Patricio « Tripa » Bonfiglio, était bando à la Fernandez Fierro du temps où Julian Peralta y opérait (en gros les deux premiers CDs). Julian Peralta étant parti à l’époque suite à un désaccord, Tripa avait pris la porte en meme temps que lui. Pour la petite histoire, qui n’a rien à voir avec le sujet d’aujourd’hui, (mais c’est pour illustrer l’aspect aventureux du personnage) c’est lui qui jouait du bando sur le premier Narcotango. Sa proximité avec Peralta le prédisposait donc à épouser une démarche musicale assez radicale et exigeante.


Le chanteur, Hector Limon Garcia n’est pas non plus un parfait inconnu pour qui a quelques notions de ce qu’est la scène rock argentine. Il était en effet l’un des chanteurs de Bersuit  Vergarabat, un groupe de rock argentin formé en 1989 qui est bien connu du public sud américain et meme espagnol.
On est donc fondé à s’attendre à un concert nerveux et noir voire rock dans l’esprit sinon dans la lettre.

Et de fait quand Rascasuelos s’installe sur la scène on repère  le perfecto en cuir noir de Bonfiglio arboré sous une belle collec’ de piercings. Petit signe qui ne trompe pas, l’intéressé joue debout contrairement à la veille (une attitude adoptée par Piazzolla en son temps). Pour autant, l’attitude scénique de tous est sobre  (pas le genre poses héroiques façon heavy metal) mais décalée. Le pianiste aime bien manifestement taper sur son piano, mais il n’est pas le genre à monter non plus sur le clavier, les cordes font dans le minimalisme et Bonfiglio s’accroupit lors des intros où il ne joue pas derrière le banc sur lequel il pose un pied pour jouer le reste de temps.  Il n’empeche pour autant que l’ensemble du gang et son répertoire donnent une impression de puissance à peine retenue qui n’est pas sans évoquer par certains cotés …Astillero (un des meilleurs concerts tango qu’il m’ait été donné de voir fut celui de la Tangopostale 2012, soit dit en passant). 


C’est dense, dur, sombre, inquiétant, et évidemment, ça ne ressemble pas  à du répertoire classique façon « a media luz ». C’est du tango moderne, mais du vrai, pas de ces merdes avec boite à rythmes et synthé tut-tut pouët-pouët où l’on se contente de pomper une partition des années 20 avec basse électrique et percu en avant pour faire moderne et bader le gogo (qui croit que ça fait djeun’s). L’époque est différente des années 40/50, les mentalités ont changé, et les modes d’expression artistique évoluent, bouleversés qu’ils ont été au cours des années 60 et 70, la preuve par cet orchestre et quelques autres qui utilisent les mêmes instruments que les orchestres classiques, mais pour poursuivre l’histoire d’une musique urbaine qui s’appelle tango. Comme Piazzolla a pu le faire dans les années 70, d’ailleurs, mais sa musique ne constituait pas un horizon indépassable.


Une bonne moitié du répertoire est chantée et c’est là qu’intervient un des atouts maitres de Rascasuelos, son chanteur, Limon Garcia. Trapu, la boule à zéro, Il affiche un physique de combattant qui ne mégotte pas et s’engage entier dans son expression scénique. Densité et changement d’intensité pour des partitions de chant plutôt complexes. Expressivité maximale. Engagement maximal aussi. Et ça fait du bien, ça claque, et ça remue l’intérieur.
Le son est nickel , les lumières sobres mais efficaces. Ca sonne ; Le répertoire défile : « Hoy » (vous connaissez surement déjà la version de Bajofondo), une zamba moderne « el sueno de un despierto », « la proxima curda », une reprise d’un titre de Bersuit, carrément un hymne : « La próxima curda será la mejor, te juro compadre que hoy tomaré hasta la sangre de Dios » (la prochaine cuite sera la meilleure, je te jure, mon pote, qu’aujourd’hui, je boirai jusqu’au sang de Dieu).  Et sans s’en rendre compte on en arrive au rappel. C’est passé vite.



La salle est sonnée et ravie. A la sortie, les musiciens vendent leurs disques qui partent comme des petits pains. Ils sont même obligés d’aller en chercher en réserve.  Le croiriez vous ? C’est pas des torturés introvertis, ou des gens qui prolongent leur image de scène à la ville, en se la jouant bad boy, mais plutôt des gens souriants et qui aiment communiquer avec leurs prochains.
Bref ça s’attarde, et le personnel du Théâtre finit par pousser tout le monde dehors. On se retrouve dans la nuit tarbaise (un peu fraiche). Mine de rien, on vient de vivre le meilleur moment du festival. La piste chaotique de la Halle Marcadieu va attendre un peu, on va se prendre deux ou trois heures pour rester sur le petit nuage où  nous a placé le gang Rascasuelos. C’est pour des moments comme ça qu’on revient à Tarbes.
Eric Schmitt




1.Posté par ASSOCIATION CAMINITO TANGO le 27/08/2014 08:44 | Alerter
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Pour ceux qui aimeraient mettre du son sur tout ça
https://www.youtube.com/watch?v=dNTNlg9AIl0
https://www.youtube.com/watch?v=iMFxBbYxdTE

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