(5) Le Bâteau-Lavoir - Bulle rencontre Alexis
Là je crois que je me fais un festival du film « sans queue ni tête ». Tout se télescope. J’aime pas quand ça part en mystico-live, comme ça.. Je ne peux pas m’arrêter et ça m’épuise. C’est une boulimie comme une autre. Les pompes rouges m’amènent à la broderie anglaise, aperçue hier, dans un Taschen. Si, si : un petit recueil de peintures. Sur un portrait d’un autre pape. Innocent X par Vélazquez. Faut le voir pour le croire. Je n’avais jamais fait attention à la dentelle immaculée, sur la robe, rouge elle aussi. Tout un surplis brodé de fleufleurs à trous-trous.. Un tableau exposé à New York, pourtant.. Un pape du XVIIème. Tout ce qu’il y a de recommandable, comme fréquentation.. Voilà, je ne suis plus très sûre, mais il me semble maintenant que ce type lui ressemble. Voyons, mais que viendrait faire un pape mort, avec des grolles écarlates, et toutefois sans dentelle, dans un piano-bar, une veille d’Halloween ? Je tourne en rond et en rouge. Les chauves-souris me sont montées au plafond.
Faut pas exagérer. Ma vieille Boule, réveille-toi! Madame « easy rider des neurones », tu te la pètes . A force de te tirer sur la membrane dans tous les sens, tu vas t’épuiser les fantasmes. Redescends de ton arc en ciel halluciné ! Arrêter le thé ? Jamais ! Ce type est juste en quête d’une image identitaire forte, et moi, je divague. La quiche daubée ? Une fièvre quarte ? Le vide sidéral de ma vie, qu’il me faut remplir d’un énorme tas de n’importe quoi, pourvu qu’ils soient amusants et colorés ? Si je continue de me remplir comme ça et de me gonfler de clichés de pacotille bariolée, je vais finir par avoir la cervelle en piñata. Et le jour où ça explose dans l’hilarité générale , je ne suis pas sûre de pouvoir recoller les morceaux, ni de rassembler tous mes p’tits trésors. Mes p’tits fantasmes, mes p’tits fantômes, mes p’tits fanzines. … Cet homme, tout droit sorti d’un cartoon ne doit pas avoir de coach en relooking. C’est tout simple. Oui, c’est ça : un Toon ! Il est un Toon. Un émule de « the Mask » ? ou des camarades de jeu de Roger Rabbit ? Ceux qui roulent en Gangster Limousine…. Dans un dessin animé. D ‘ailleurs, dans quoi peut bien rouler ce genre de type ?Side-car-lunettes –gants de cuir ? Kat-kat-Safari-Trottoir ? Moto grosse cylindrée ? Hydravion, garé derrière la platte, chemise hawaïenne l’été ? Carrosse de frimeur ? Sans doute. Plutôt ça. Faut du spacieux et du chrome qui brille, pour y faire entrer les pintades par paquets de trois, comme celles qui l’accompagnent ce soir. Trois jeunes femmes très jolies. Très jeunes aussi. A elles trois, peut-être guère plus que son âge à lui ? Belles guiboles, robes fluides, talons hauts. Légères . Quand je dis trois pintades, c’est peut-être un peu exagéré, ou amer de ma part. Une seule porte une robe à pois blancs sur fond gris. Les autres en noir du soir. Mais cette agitation palpitante, ces froufroutements de soie, et ces criaillements hystériques d’oiselles cacabeuses… m’agacent . Si, si une pintade, non seulement ça criaille, mais ça cacabe aussi, selon l’espèce. Pas entendu ça depuis mes vacances à la ferme, dans les années soixante. Tout ça pour enjôler le mâle. Lui, rengorge son jabot, devant tant d’allégeance à ses signes extérieurs de virilité. Ou de fric ? Ou de quoi donc ? Est-il un tonton d’Amérique, cajolant des nièces pubères ? Curieusement, je ne perçois entre elles et lui aucune marque de tendresse, d’intime complicité. Que du tape à l’œil. De toutes façons, dans la vie, seuls trois moteurs : sexe, pouvoir, fric. A quoi lui servent-elles ? A quoi leur sert-il ? Qu’est-ce qu’elles lui trouvent, à ce Toon ? Des faire valoir ; voilà ce qu’il en fait. Les hommes murs aiment bien se montrer entourés de jeunesse. En attendant, ça minaude sec, ça tape des cils, et ça croise haut les gambettes. Ca doit être dans le contrat . Drôle de groupe. Je tourne en rond mes hypothèses. En blanc, en rouge, dans la lumière orange. Moi qui n’aime que les nuances froides acidulées, apaisantes. Je ne suis pas dans mon élément avec ces couleurs amères et fortes. Ca commence à m’impatienter, tout cette futilité. Vivement 21h, et le cours. Jeudi 7 Août 2008
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