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(5) Le Bâteau-Lavoir - Bulle rencontre Alexis



(5) Le Bâteau-Lavoir - Bulle rencontre Alexis
Pendant qu’elle chantait, j’ai eu largement le temps d’observer les quatre personnes qui viennent d’arriver à côté de moi. Là, on sent tout de suite le grandiose. Comme la tension qui règne avant l’orage. Ca va surgir:c’est pas possible autrement ! Ca explique mieux le tarif de la quiche : le spectacle est dans la salle. Pas bouger, observer. Etre là . Scotchée. Souris, catimini.

D’abord, un homme, sapé mieux qu’un Milord.

C’est à dire pire.

Costard trois pièces et panama tout blanc. Ou borsalino, je ne sais pas trop. Au mois d’Octobre.

Décalé, le blanc, non ? Cravate gris perle, pochette de soie. Au revers, un insigne bizarre : pas le Lion’s, ni le Rotary. Taille et âge indéfinissables. Et pour cause. Avec le chapeau, on ne peut guère apercevoir une éventuelle traîtresse chevelure. Grise ? Teinte ? Eparse ?. Pas d’indice. Juste une fine moustache de « Latin Lover ». Pas du tout ce que je préfère. Des rides d’expression plein autour de ses yeux gris qui transpercent. Et le hâle fripé de trop d’heures en cabine à UV.

Aux pieds, d’incroyables Santiags de croco rouge. Beurk. Je n’aime pas le rouge. Avec le talon bottier, qui rehausse la stature. Pourtant, il n’est pas petit, à quoi ça lui sert ?

Pratiquement du même rouge que celles que le pape Ben-quinze-et-quelque portera un jour « en mémoire des martyrs ». Des escarpins Prada, par contre. ! Son conseiller en communication le sommera très vite de mettre fin à ce caprice provocant.

Quel goût ! Du rouge vif, comme ça , avec du blanc … Un ersatz des attributs du coq triomphant dans la basse cour . Il ne l’a peut-être même pas fait exprès. Oui, c’est ça, j’y suis. Cocorico ! Chanteclerc et sa cour.

A la rigueur un joli gris nuage aurait pu convenir. Ou, dans cette boîte de jazz, des bicolores marron-blanc, style swing années 30-40 , pour prolonger l’élégance du costume bien coupé…Ca doit coûter bonbon ce genre de fringue. Vas savoir si ce type n’est pas un peu proxo ,dealer , ou gourou d’une secte ? « Les Cathares flamboyants »? « Jesus’s red feets ? » « Les pieds sanglants » ? « Tacones de sangre » ? « Les talons rouges » ?. L’étalon rouge, tant qu’on y est ?

Tiens : il me rappelle Richard Geere, dans Chicago. Le beau gosse hyperclasse qui les a toutes à ses genoux. Pas très net dans son job, en visiteur de geôle véreux. Mais elles en sont folles. Et elles dansent divinement avec lui. Et lui aussi je crois. Ou j’en rêve secret, tiens, d’un partenaire choc et toc comme lui. Le gars de ce soir est sans doute bien moins beau. Mais avec un peu de chance, il sait danser… ? Et le truc à sa boutonnière? Rouge aussi. Mais pas une tête de légion d’honneur. Faudrait voir de près.

En fait non, c’est pas possible : trop voyant, ce look, pour un commerçant libéral de l’ombre, ou un sectaire patenté. Pas franchement le style Corleone, ni Temple solaire. Et mon imagination se lâche. Caracole encore d’un personnage de roman à l’autre.

Il ne manquerait plus qu’il porte des accessoires bizarres en dessous : tatouage, piercing, body de dentelle anglaise, cilice, comme dans Da Vinci Code ? Ca serait marrant, non ? Oui, mais il n’est pas pour autant albinos. Tant pis pour le cilice. Et l’Opus Dei.

Jeudi 7 Août 2008

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