14 - Les 7 secrets des milongas argentines


Rédigé le Lundi 8 Septembre 2008 | Lu 6936 fois


Le tango argentin de bal répond à des codes centrés principalement sur l’expression chorégraphique et musicale, mais aussi sur les relations interpersonnelles. Ces règles (ou secrets : il n’y a que le titre qui change !) ont pour fonction de faciliter l’expression et la reconnaissance de chacun à l’intérieur d’un cadre collectif : la milonga. Dès ses origines, le tango à dû composer avec deux tendances souvent antinomiques, les traditionnistes et les évolutionnistes, sachant que les évolutionnistes d’un temps devinrent les traditionalistes du temps suivant. Les 7 secrets contribueront je l’espère à fixer des repères plutôt ancrés dans la tradition, aux tangueras et tangueros désirant vivre pleinement l’univers des milongas qui finalement… ne sera rien d’autre que la somme de ce que chacun y apportera.


14 - Les 7 secrets des milongas argentines
Secret premier : L’enceinte du bal où se pratique le tango argentin s’appelle la milonga et le parquet où l’on danse, la piste. C’est l’équivalent du dojo et du tatami des sports martiaux. Je sais, je sais… La comparaison peut paraître rapide mais elle est nécessaire au moins pour préciser un point : le caractère collectif, social de l’activité avec tout ce qu’elle implique de respect des autres et de l’environnement d’une part mais aussi de concurrences et de luttes de pouvoir d’autre part ; le caractère social pouvant aller jusqu’à prendre une dimension sacrée. Dans les arts martiaux, chaque participant, en montant sur le tatami fait un salut. Par ce geste il montre son engagement. Un engagement de respect envers l’environnement et envers les autres. Ce geste n’existe pas au tango argentin. Le secret premier pourrait justement affirmer le contraire et dire : « Ce geste existe ». Tanguera, tanguero, regarde autour de toi et tu verras ceux qui dans leur comportement ont trouvé un équivalent à ce geste.

Secret deuxième : La musique est jouée en séquences de 3 à 5 morceaux appelées tandas interrompues par une courte séquence musicale caractéristique et très différente du tango, la cortina. Pendant la cortina, la piste se vide complètement pour laisser place libre à la tanda suivante. Le DJ à l’écoute des danseurs alternera des tandas de tangos, milongas et valses dans les différents styles dansables (vieille garde, nouvelle garde, age d’or, avant garde, électro, musique du monde….). Le secret deuxième révèle ceci : « La tanda représente une séquence d’invitation permettant de satisfaire le caractère social à la fois individuel et collectif de la milonga». Lorsque la cortina arrive en fin de tanda, l’invitation prend automatiquement fin. Le danseur raccompagne sa partenaire jusqu’à sa place. Si un couple désire continuer de danser ensemble, ils se retrouveront sur la piste d’un commun accord lors de la tanda suivante. C’est naturellement pendant une tanda que se prépare l’invitation et pendant une cortina qu’elle se concrétise. La tanda correspond à un espace non verbal, celui de la danse où l’expression hiératique des corps prédomine. La cortina correspond davantage à un espace social.

Secret troisième : Concernant l’invitation, c’est à l’homme de s’engager et à la femme d’accepter ou de refuser. Si le couple se connaît, la procédure en est simplifiée. Les choses sont très différentes si le couple ne se connaît pas. Traditionnellement, il revient à la femme de montrer qu’elle a envie de danser et avec qui elle a envie de danser. Une attitude, un regard suffisamment appuyé est généralement amplement suffisant. L’homme répond à ce regard, même à distance, de l’autre côté de la piste. Au moment de la cortina, il se lève et va inviter la femme qui (normalement) reste assise jusqu’au dernier moment de l’invitation. De plus en plus souvent, pour les hommes rares ou peu attentifs aux regards des femmes, celles-ci montrent leur envie de danser en allant directement les inviter. Sauf quelques cas vraiment extrêmes (odeurs, incompatibilité tactile ou kinesthésique), la fin de l’invitation n’est gérée ni par l’homme, ni par la femme mais en fin de tanda par l’arrivée de la cortina. Il importe ici de souligner cette évidence. Tout ce qui concerne la danse baigne en premier dans une enveloppe sociale. Naturellement et comme dans la vie de tous les jours, l’enveloppe sociale inclut les codes habituels de savoir vivre mais aussi les normales luttes d’influence et de pouvoir hommes/hommes, femmes/femmes et femmes/hommes. Le troisième secret révèle ceci : « La véritable invitation se fait dans le contexte social, autrement dit, bien en amont du contexte de la danse et de son invitation formelle ». La véritable invitation se produira par à un regard, un mouvement de la tête, un geste social, un bref échange verbal à un moment donné du bal et même parfois avant le bal.

Secret quatrième : Les couples de danseurs circulent sur la piste selon un code finalement assez proche de celui du code de la route. Comme sur un rond point, la circulation se fait dans le sens antihoraire en suivant des couloirs qui partent de l’extérieur. S’il y a peu de monde, un seul couloir suffira sur le bord de la piste. En cas d’affluence, deux, voire trois couloirs concentriques sont nécessaires. Comme sur la route, il appartient au danseur de garder sa file en évitant de zigzaguer imprudemment d’un couloir à l’autre. Secret quatrième : « La façon de circuler dans chaque couloir n’est pas la même ». Le couloir extérieur est réservé aux danseurs fluides capables de gérer une trajectoire. Le couloir intérieur est réservé aux danseurs désirant évoluer selon un schéma davantage statique. La responsabilité de chaque danseur est de danser en accord avec l’endroit où il se trouve, autrement dit en prêtant une attention toute particulière à la fluidité de sa danse adaptée au couloir qu’il aura choisi. Vue de l’extérieur, un bal en harmonie donne l’image de couples de danseurs évoluant à vitesse angulaire constante, rapides à l’extérieur et quasi ponctuelle au centre.

Secret cinquième : Vous êtes-vous demandé pourquoi dans certains bals, malgré le monde et le peu de place, les couples dansaient sans tension, sans se percuter, fluides et en harmonie ? Dans ces bals, chaque couple danse à sa place tout en respectant la place des autres. Ecoutons attentivement le cinquième secret: « Le danseur développe une conscience à la fois individuelle et collective ». Cette double conscience s’inscrit dans le cadre des règles qui régissent l’ordre du bal évoqué plus haut. Fluide vers l’extérieur du bal, davantage statique vers l’intérieur. Chacun garde sa file parce que chacun est à sa place. Personne ne bloque, donc personne ne double, personne ne change de file, personne ne traverse la piste. Dans ces bals, personne n’entre sur la piste n’importe quand. Le jeu des invitations s’est joué lors de la cortina précédente alors que la piste s’était vidée pour laisser la place à une nouvelle session de danse. Chacun a pu prendre une place, selon la/le partenaire, la musique, l’émotion de l’instant présent, les autres couples, jusqu’à la cortina suivante. Soulignons enfin que la double conscience évoquée dans ce cinquième secret permettra au danseur de prendre sa place dans le bal, place qui lui sera accordée et reconnue par les autres, place où il accueillera la femme qu’il aura invitée.

Secret sixième : Chaque couple danse dans le respect des phrases musicales, autrement dit, tous les couples d’une même tanda bougent dans le même tempo, dans le même sens, se posent ensembles et avancent selon des trajectoires compatibles, faisant exploser une pulsation commune, LA pulsation du bal, dictée par la musique. Impossible alors de voir un couple reculer alors que l’autre avance, impossible de voir un couple aller à droite alors qu’un autre va à gauche. L’écoute collective de la musique, fait que les déplacements liés à chaque pas se font dans le même temps, le même souffle. Les trajectoires ne se contrarient pas. Dans ce ballet, les collisions ne se produisent plus, même si les couples sont nombreux et dansent serrés. Soulignons aussi que les danseurs s’appliqueront à interpréter la musique correctement et avec discernement, sans amalgamer Canaro, Di Sarli, D’Arienzo ou Pugliese. La pulsation collective est perceptible au niveau du tempo de base, au niveau des phrases musicales, des morceaux, des tandas et enfin du bal. Le sixième secret révèle ceci : « Les improvisations individuelles s’organisent à l’intérieur d’un schéma collectif sans le contrarier bien au contraire ». Les énergies ne se retranchent pas, elles s’ajoutent pour aller jusqu’à entrer en résonance. Le tango qui est un art deviendra alors une œuvre commune constituée de ce que chacun y apportera.

Secret septième : L’on demandait à trois tailleurs de pierres ce qu’ils faisaient. Le premier dit : « Je tape sur ce burin toute la journée ce qui finit par m’épuiser ». Le second dit : « Je taille les pierres à la dimension demandée afin qu’elles s’ajustent parfaitement avec les autres. Le troisième dit : « Moi ? Je construis une cathédrale ! »




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